Il y a quatre-vingt-dix ans, le 13 août 1936, Jean Zay (1904-1944), ministre de l’éducation nationale et des beaux-arts du Front populaire, déposait devant l’Assemblée nationale un projet de loi sur le droit d’auteur et le contrat d’édition. Jean Zay souhaitait rendre aux auteurs leur dignité de professionnels des lettres et des arts, leur conférer de nouveaux droits, tant au niveau de la propriété intellectuelle et artistique que de la protection sociale.
La suite, hélas, nous est douloureusement connue : harcelé et calomnié par la presse d’extrême droite en tant que juif et homme de gauche, Jean Zay sera arrêté par la police de Vichy et lâchement assassiné par la milice, le 20 juin 1944. Il avait 39 ans. Son héritage est immense. Nous devons à son infatigable combat pour l’instruction et l’émancipation la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans ; l’interdiction de la propagande religieuse et politique dans l’enseignement ; les classes vertes ; le Crous ; le CNRS ; le Festival de Cannes ; les bibliobus ; le « 1 % artistique », et tant d’autres réformes qui nous sont devenues familières et constituent un socle commun et une identité républicaine partagée.
Nous lui devons donc également ce formidable projet de loi du 13 août 1936 sur le statut social de l’auteur. Près d’un siècle plus tard, ce dernier nous apparaît toujours comme un horizon à atteindre, une raison de nous mobiliser collectivement. Aujourd’hui, en 2026, en France, l’ensemble des auteurs d’« œuvres de l’esprit » est uni par un même régime social : nous sommes des artistes-auteurs. Estimés à 350 000, dont un tiers environ de professionnels, nous représentons une trentaine de métiers de la création. Force est de constater que nous sommes parmi les professionnels les moins protégés et les plus précaires de France, loin de l’image d’une « petite caste privilégiée » qu’une certaine presse rance et démagogique voudrait véhiculer.
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Source:
www.lemonde.fr




