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« J’ai eu envie de rapprocher deux livres qui, avec des moyens très différents, provoquent la surprise. Le premier est de Frédéric Forte et le second de l’Irlandais Geoffrey Squires »

« Le Sentiment général », de Frédéric Forte, P.O.L, 150 p., 18 €, numérique 14 €.

« Littoral », de Geoffrey Squires, traduit de l’anglais par François Heusbourg, Unes, édition bilingue, 64 p., 17 €.

Les choses du quotidien sont aussi des choses de la poésie. Elles sont souvent sa ressource quand celle-ci ne recherche pas l’effusion du lyrisme ou de la célébration. La poésie protège l’ordinaire de la banalité en montrant que le familier reste étrange, que quelque chose résiste en lui, nous surprend et nous transforme. En changeant les places de l’observateur et de l’observé, elle n’objective pas la réalité. Elle fait une fêlure dans le miroir de la transparence. J’ai eu envie de rapprocher deux livres lus ces jours-ci et qui, avec des moyens très différents, provoquent cette surprise. Le premier est de Frédéric Forte, poète français membre de l’Oulipo – le groupe littéraire fondé par Raymond Queneau et François Le Lionnais –, et le second d’un poète irlandais, Geoffrey Squires, traduit depuis longtemps en français par François Heusbourg.

Frédéric Forte réconcilie l’ordinaire de la poésie (les formes fixes, les contraintes) et la poésie de l’ordinaire. Dans Le Sentiment général, il est question de ménage à faire, des bruits qui viennent de l’appartement du dessus, de notice Ikea, de tarte aux pommes, de cabine de douche et du son de l’aspirateur lorsqu’on appuie sur on. Mais ces petites actions, ces petites choses vont et viennent dans des comptes très précis, tournant tous autour du chiffre 14, qui est traditionnellement celui du sonnet. Le livre se compose ainsi de deux sections, « Le sentiment général » et « Sentiments particuliers », formées avec les mêmes mots, indéfiniment redistribués : dans la première partie, qui reprend la forme baroque de la couronne de sonnets, quatorze sonnets composent une ronde dans laquelle le dernier vers de chaque poème devient le premier du suivant et aboutissent finalement à un quinzième sonnet formé de tous les premiers vers des quatorze autres. Dans la seconde partie, 14 séquences de 14 poèmes chacune racontent le quotidien d’un couple enfermé dans son appartement : on imagine qu’ils sont confinés, comme en 2020, mais ça peut aussi être n’importe quel week-end où on décide de rester chez soi pour s’occuper du rangement, des tâches d’intérieur.

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Source:

www.lemonde.fr

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