« La Chambre de Vilhelm » (Vilhelms værelse), de Tove Ditlevsen, traduit du danois par Christine Berlioz et Laila Flink Thullesen, Globe, 256 p., 22 €.
Aussi déroutant que stimulant, le tout dernier livre de Tove Ditlevsen, dont les éditions Globe proposent une nouvelle traduction, accomplit un geste littéraire en apparence traditionnel. Née en 1917, l’autrice danoise à succès a obtenu une reconnaissance critique tardive en publiant La Trilogie de Copenhague, autobiographie dans laquelle elle évoque ses origines prolétaires, ses débuts d’écrivaine, ses quatre mariages et sa lutte contre les addictions. Avec La Chambre de Vilhelm, paru en 1975 (et traduit une première fois sous le titre Cherche mari, Sagittaire, 1977), elle semble poursuivre son entreprise autobiographique et confier à son écriture une simple fonction mémorielle. S’efforçant de « reconstruire mentalement » la chambre de son dernier mari alors que, peu après qu’il l’a quittée, les démolisseurs sont en train d’en abattre les murs, l’écrivaine paraît vouloir construire le mausolée de son amour perdu.
Mais c’est un livre bien moins conventionnel que nous propose Tove Ditlevsen. Et pas seulement parce qu’elle y évoque les ménages à trois, quatre ou cinq qu’elle a formés avec Vilhelm et leurs amants respectifs. La liberté de mœurs ne serait rien, semble-t-elle nous dire, si elle n’était le reflet d’une liberté existentielle et esthétique radicale. Ecrire sur soi, pour l’écrivaine danoise, c’est d’abord ne laisser personne d’autre le faire. C’est choisir la forme et le ton qui s’imposent pour y parvenir. Et le moment opportun pour le donner à lire. « Maintenant je vais raconter mon histoire pour la seule et unique raison que je dois le faire, écrit-elle. Et que personne d’autre ne peut le faire avec la même légitimité et la même évidence… » Tout comme elle décidera, en 1976, un an après la publication de l’ouvrage, de se donner la mort en en organisant méticuleusement le protocole.
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Source:
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