A la librairie Tschann, institution du monde intellectuel parisien, un « prière d’insérer » assez inhabituel a été glissé dans chaque exemplaire d’un livre paru au Seuil : Mémoires des années de jeune fille d’un homme, de N. O. Body (traduit de l’allemand par Béatrice Masoni, 272 pages, 22 euros, numérique 16 euros). La publication de ce récit anonyme paru en Allemagne en 1907, est suivie d’un essai de Paul B. Preciado intitulé Mon nom est Body. Pourtant, le libraire, dans son « prière d’insérer », indique qu’à l’origine le livre aurait dû être différent : sa traduction devait être signée par Sonia Combe, tout comme la préface, qui a disparu – un lien renvoie vers le site Internet où on peut la lire.
Or, c’est l’historienne qui avait apporté le projet. En 2022, à Berlin, la spécialiste des sociétés communistes, notamment de l’Allemagne de l’Est, tombe sur la réédition de ce témoignage intitulé Aus eines Mannes Mädchenjahren (« sur les années de jeune fille d’un homme »). « Je suis né garçon, on m’a élevé en fille », raconte l’auteur, qui a réussi à se faire réassigner administrativement au sexe masculin en 1906, alors qu’il avait la vingtaine. « Tout laisse à penser que N. O. Body a été le premier bénéficiaire d’un changement d’état civil en Allemagne », explique l’historienne au « Monde des livres ». Redécouvert dans les années 1990, investi par les études de genre, le témoignage de N. O. Body n’a jamais été traduit en français. Sonia Combe décide donc d’y remédier en le traduisant elle-même.
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Source:
www.lemonde.fr




