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Isaac Hammouch « Maroc : GenZ212, colère sociale et appels à la démission du gouvernement Akhannouch »

Un mouvement inédit qui secoue le pays

Depuis la fin du mois de septembre 2025, le Maroc connaît une vague de manifestations inédites portées par un collectif de jeunes baptisé GenZ212. Le nom fait référence à la « Génération Z » et au code téléphonique du pays, affirmant ainsi une identité nationale forte et une volonté de rupture avec les anciens schémas politiques. Ces rassemblements, qui ont commencé à Rabat avant de s’étendre à Casablanca, Marrakech, Agadir, Oujda et d’autres villes, dénoncent la dégradation des services publics de santé et d’éducation. L’affaire dramatique de l’hôpital Hassan-II d’Agadir, où plusieurs décès maternels se sont produits dans des conditions scandaleuses, a servi de catalyseur émotionnel et politique. Très vite, les slogans « Des hôpitaux, pas des stades » ou « Liberté, dignité, justice » ont exprimé un profond malaise social et une critique des choix gouvernementaux privilégiant les grands projets liés à la Coupe du monde 2030 plutôt que les besoins vitaux de la population.

Des arrestations massives et une réponse judiciaire rapide

Dès les premières manifestations, les autorités ont réagi avec fermeté. Plus de deux cents personnes ont été interpellées en quelques jours, dont une quarantaine ont vu leur dossier transféré au parquet. Un premier groupe de trente-sept personnes, dont trois maintenues en détention, sera jugé à Rabat. Trente-quatre manifestants ont été libérés sous caution et leur procès a été fixé dès le 7 octobre, tandis que trois autres restent poursuivis dans une procédure séparée. À Casablanca, dix-huit personnes supplémentaires, dont des mineurs, sont poursuivies pour « entrave à la circulation ». Cette rapidité judiciaire n’est pas neutre : elle vise clairement à donner un signal fort et immédiat, à la fois pour décourager la poursuite du mouvement et pour montrer que l’État garde la maîtrise de la rue. Plusieurs organisations, dont l’Association marocaine des droits humains, dénoncent toutefois des arrestations arbitraires et une criminalisation de l’expression citoyenne.

Une escalade de violence inquiétante

Les manifestations, initialement pacifiques, ont connu une escalade dramatique au fil des jours. Dans plusieurs villes, les affrontements entre jeunes et forces de l’ordre ont dégénéré : incendies de succursales bancaires, heurts violents à Aït Amira où des véhicules de police ont été renversés, et scènes de chaos à Oujda où un manifestant a été grièvement blessé après avoir été fauché par un véhicule des forces de sécurité. Ces épisodes renforcent l’impression que le pays entre dans une phase de tension sociale rarement atteinte depuis les années du « Printemps arabe ». De nouvelles mobilisations sont déjà annoncées, avec des appels circulant sur les réseaux sociaux pour une grande manifestation nationale. Si celle-ci devait se concrétiser, le rapport de force entre la rue et le pouvoir pourrait franchir un seuil critique.

L’instrumentalisation du droit et la peur comme stratégie

Le recours aux procédures judiciaires accélérées interroge. Le droit marocain permet effectivement de juger en flagrant délit les personnes arrêtées lors de rassemblements interdits, ce qui explique la célérité des renvois devant le tribunal. Mais cette rapidité est aussi un instrument politique : en frappant vite et fort, le pouvoir espère décourager l’extension du mouvement et instiller la peur dans une jeunesse déjà marquée par le chômage, la précarité et l’absence de perspectives. Derrière l’argument sécuritaire se profile une stratégie classique de dissuasion, déjà observée dans d’autres pays : il s’agit moins de juger que d’exemplifier, moins de rendre justice que d’envoyer un avertissement collectif. Or, ce type de méthode peut produire l’effet inverse et radicaliser une partie des jeunes qui se sentent méprisés et criminalisés pour avoir revendiqué pacifiquement leurs droits.

Une génération connectée et mondialisée

L’originalité de GenZ212 réside dans son mode d’organisation. Le mouvement s’appuie massivement sur TikTok, Instagram et Discord, des plateformes utilisées par la jeunesse urbaine pour se mobiliser rapidement en dehors des structures traditionnelles, qu’elles soient partisanes ou syndicales. Ce modèle n’est pas propre au Maroc : il a émergé dans plusieurs pays ces dernières années, notamment au Népal, où un mouvement similaire de jeunes connectés a provoqué en septembre la chute du Premier ministre après des manifestations d’une intensité inédite, qui ont fait plusieurs dizaines de morts. On retrouve les mêmes ressorts : un rejet de la corruption, une colère contre la dégradation des services publics, une coordination numérique et une répression brutale. En Kenya en 2024 et plus récemment à Madagascar, des mobilisations Gen Z ont également explosé, parfois avec un coût humain élevé et une réponse politique hésitante.

Une revendication centrale : la démission du gouvernement

Au fil des jours, une revendication est devenue centrale dans les cortèges : la démission du gouvernement Akhannouch. Pour une partie croissante de la rue, l’exécutif incarne l’échec à répondre aux urgences sociales, la priorité donnée aux grands projets sur le quotidien des citoyens et une distance inquiétante avec la jeunesse. Le gouvernement, lui, semble minimiser cette demande et cherche à imposer une image de stabilité. Pourtant, la pression monte, et beaucoup s’interrogent : le roi, en tant qu’arbitre suprême de la vie institutionnelle, acceptera-t-il de dissoudre le gouvernement ou d’imposer un remaniement pour calmer les tensions ? La grande inconnue est la capacité de la rue à maintenir sa mobilisation. Se calmera-t-elle face aux procédures judiciaires et à la répression, ou bien, au contraire, la colère s’amplifiera-t-elle si aucune mesure concrète n’est apportée ? C’est dans cet équilibre fragile, entre volonté populaire, stratégie gouvernementale et arbitrage royal, que se joue désormais l’avenir politique immédiat du Maroc.

Lien Source Almouwatin.com

Isaac Hammouch
Isaac Hammouchhttps://www.isaachammouch.com/
Isaac Hammouch est journaliste, écrivain et essayiste, spécialiste des relations internationales et de la géopolitique contemporaine. Il publie dans plusieurs médias belges, européens et internationaux. Site officiel d'Isaac Hammouch: www.isaachammouch.com
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