AccueilActualitésAffaire Dany Leprince : « Il est très déterminé »… Une audience...

Affaire Dany Leprince : « Il est très déterminé »… Une audience historique pour obtenir un nouveau procès rarissime

C’est peut-être le dernier acte d’une tragédie judiciaire qui dure depuis trois décennies. Jeudi, Dany Leprince, 69 ans, joue son va-tout devant la Cour de révision. L’ancien agriculteur et ouvrier de boucherie, en liberté mais frappé par la perpétuité en 1997 pour un quadruple meurtre qu’il jure n’avoir jamais commis, espère obtenir l’effacement de ce verdict pour être enfin rejugé sur le fond.

« Il est très déterminé », confie à 20 Minutes Me Olivier Morice qui le défend aux côtés de Me Missiva Chermak Felonneau. « Nous espérons, comme le demande l’avocat général, que sa condamnation sera annulée et qu’un nouveau procès puisse avoir lieu. Mais nous sommes parfaitement conscients que dans l’histoire criminelle française il y a eu très peu de cas de révisions. »

Le dossier prend sa source le 4 septembre 1994 à Thorigné-sur-Dué, dans la Sarthe. Ce matin-là, Christian Leprince, sa femme et deux de leurs filles, âgées de 7 et 10 ans, sont retrouvés massacrés à l’arme blanche dans le pavillon familial. Seule Solène, deux ans, a survécu à la tuerie. Accusé par son ex-femme, Martine Compain, et sa fille aînée Célia, Dany Leprince avait initialement avoué le meurtre de son frère avant de se rétracter. Depuis 32 ans, celui que l’on surnommait « le boucher de la Sarthe » crie son innocence, soutenu par un dossier sans aucune preuve matérielle ni ADN.

« Il y a beaucoup plus d’éléments qu’à l’époque »

En 2011, la justice avait opposé un refus catégorique à sa première requête en révision, estimant qu’aucun fait nouveau ne permettait de douter de sa culpabilité. Ce rejet avait été d’autant plus brutal que Dany Leprince, qui bénéficiait d’une suspension de peine, avait été réincarcéré directement à l’issue de l’audience. Quinze ans plus tard, l’horizon s’éclaircit enfin pour lui. « Il y a beaucoup plus d’éléments qu’à l’époque », assure Me Morice.

Dans un avis consultatif particulièrement étayé, l’avocat général Jean-Michel Aldebert s’est prononcé pour la tenue d’un nouveau procès. Il invoque des « éléments nouveaux et inconnus » qui doivent être confrontés aux « zones d’ombre du dossier ». Parmi eux, une reconstitution de 2023 pointant des incohérences dans le témoignage de sa fille Célia, ainsi qu’une lettre de Solène, la rescapée, exprimant de « sérieux doutes » sur la culpabilité de son oncle.

Obtenir une révision en France relève pourtant du miracle statistique. Selon le rapport annuel 2022 de la Cour de cassation, la Commission d’instruction a été saisie de 145 requêtes en révision sur la seule année 2022. Mais la marge de manœuvre est étroite : depuis 1990, sur plus de 3.300 demandes examinées, seule une cinquantaine a abouti à une annulation, soit un taux de succès global d’environ 1,5 %. Omar Raddad, par exemple, a vu sa demande de révision refusée par deux fois depuis sa libération en 1998 après une grâce présidentielle.

« Il faut des faits nouveaux »

« Il est logique que la justice soit très sélective, sinon il faudrait rejuger éternellement des gens qui contestent leur culpabilité. Il ne suffit pas de prétendre à son innocence pour obtenir ipso facto une révision. Il faut des faits nouveaux », explique à 20 Minutes Jacques Dallest, un ancien magistrat spécialiste des cold cases. Instruction, procès, appel, cassation… Il souligne qu’une condamnation est le fruit d’un long processus où « beaucoup de monde se prononce ». « On ne peut pas le rejeter d’un revers de main en disant que tout le monde s’est trompé ».

Pour Jacques Dallest, la rareté des révisions ne doit pas donner lieu à un procès en corporatisme envers les magistrats, ces derniers n’ayant, selon lui, aucun intérêt à couvrir d’éventuelles erreurs passées : « Il faut simplement que le processus judiciaire ait une fin. On ne peut pas laisser éternellement ouverte une affaire sous prétexte qu’une personne conteste sa condamnation. »

Derrière le combat pour l’honneur se cache un enjeu pécuniaire colossal. En France, la loi sur l’indemnisation des victimes d’erreurs judiciaires, née après l’affaire Jean-Marie Deveaux en 1969, permet à un acquitté de demander réparation intégrale à l’État. Les montants sont souvent à la mesure du sacrifice : Loïc Sécher avait obtenu près de 800.000 euros en 2011 après sept ans de prison. Marc Machin, passé par la case révision après six ans et demi de détention injuste, avait touché plus de 600.000 euros. Pour Dany Leprince, qui a passé 18 ans derrière les barreaux avant d’obtenir une liberté conditionnelle en 2012, l’indemnisation pourrait se chiffrer en millions d’euros.

Un nouveau procès à préparer

« Pour l’instant, on n’en est pas là. Si jamais sa condamnation devait être annulée, il faudrait ensuite préparer son procès devant une cour d’assises et qu’il soit acquitté », insiste Me Morice. Et l’histoire prouve que la vérité de la Cour de révision n’est pas toujours celle des jurés populaires. Patrick Dils, l’un des cas les plus célèbres, avait été de nouveau condamné à 25 ans de prison en 2001 après sa révision, avant d’être finalement acquitté en appel l’année suivante.


Source:

www.20minutes.fr

Annonce publicitairespot_img

Dernières nouvelles

Mohammed ben Zayed et Tamim Al Thani échangent sur les tensions régionales

Le président des Émirats arabes unis, Son Altesse Cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyane, s’est entretenu ce mercredi par...

Saad Lamjarred condamné à six ans de prison dans l’affaire Laura Priol : une condamnation toujours en vigueur en attendant le procès en appel

Près de dix ans après les faits dénoncés par Laura Priol, l’affaire continue de susciter de vifs débats en...

UE, le Hermes Study Centre soutient le compromis chypriote sur la révision des accises sur le tabac

Par Radouan Kourak  Bruxelles, 7 mai 2026 – Hermes – European Study Centre exprime son ferme soutien au texte de...

Bayern-PSG: "On est obligé d’être bluffé", Rothen impressionné par la qualification des Parisiens en finale de la Ligue des champions

Au lendemain de la qualification du Paris Saint-Germain pour la finale de la Ligue des champions obtenue sur la...
Annonce publicitairespot_img

"On se sent le pouvoir de dire non" : Alexandra Lamy (53 ans) se confie cash sur son rapport à l’âge

À 53 ans, Alexandra Lamy semble plus épanouie que jamais. Invitée à se confier sur le temps qui passe et...
Annonce publicitairespot_imgspot_img