À Berlin, la question de la langue révèle une tension plus profonde sur la place des expatriés dans l’économie allemande. Dans une tribune publiée par le quotidien Der Tagesspiegel, l’entrepreneur indien Mayukh Panja défend l’usage de l’anglais et conteste l’injonction implicite à parler allemand.
Arrivé à Göttingen en 2016 pour y poursuivre un doctorat en astrophysique, et aujourd’hui actif dans les start-up berlinoises spécialisées en intelligence artificielle, il raconte avoir suscité ce commentaire sur un réseau social après avoir donné une interview en anglais : “Il vit depuis neuf ans en Allemagne et ne parle pas allemand ?” La critique est récurrente. Il répond sans détour :
“Oui, je vis depuis neuf ans en Allemagne et je ne parle pas couramment allemand. Est-ce un problème ? Je ne pense pas.”
Son raisonnement est pragmatique. “Si ce pays veut attirer des talents internationaux hautement qualifiés et rester économiquement pertinent, les Allemands doivent accepter que tous les expatriés ne veuillent pas apprendre l’allemand.” Il rappelle que “la recherche scientifique se fait presque exclusivement en anglais dans le monde entier” : publications, conférences, échanges. À la Deutsche Bank comme dans de nombreuses entreprises berlinoises, les équipes sont réparties entre New York, Londres, Singapour, Francfort et Berlin ; l’anglais s’impose naturellement comme langue de travail.
Mayukh Panja conteste aussi l’idée d’un migrant mû par la seule perspective d’une amélioration matérielle. Son installation en Allemagne relevait d’un choix universitaire. Il a préparé un examen à l’institut Goethe pour obtenir le niveau B1 nécessaire à l’obtention de son titre de séjour mais précise : “En dehors des cours, je n’ai jamais eu besoin de la langue.”
À Berlin, où se concentrent des dizaines de milliers d’expatriés, il estime que l’insertion ne passe pas prioritairement par l’allemand.
“Contrairement à ce qu’on pense souvent, je ne vis pas dans un monde parallèle. Je fais partie de Berlin et de ses particularités sociales.”
Et il ajoute : “Il est assez facile, dans cette ville, de ne parler qu’anglais tout en se sentant chez soi. Ce qui est plus important que de parler la langue, c’est de partager les mêmes valeurs.”
Le débat, conclut-il en filigrane, porte moins sur la maîtrise de la grammaire que sur la définition de l’intégration dans une économie ouverte.
Source:
www.courrierinternational.com




