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Dans l’ombre du roi : la route de Moulay El-Hassan vers le trône


Bruxelles-Paris-Rabat — Une transition silencieuse s’opère dans les couloirs du palais royal de Rabat. Le prince héritier Moulay El-Hassan, 22 ans, accomplit sa mue progressive vers les responsabilités souveraines dans un ballet savamment orchestré par son père, le roi Mohammed VI, qui veille à chaque étape de cette formation sans précédent dans l’histoire de la dynastie alaouite. Cette préparation méthodique témoigne de la vitalité des institutions monarchiques marocaines et de leur capacité d’adaptation aux défis contemporains, tout en souhaitant une longue et prospère vie à l’actuel souverain. Elle traduit également, de manière plus implicite, une volonté d’anticipation dans un contexte régional où l’impréparation ne laisse aucune marge d’erreur.

Une succession anticipée dans la sérénité institutionnelle:


Au fil des années, le roi Mohammed VI, 61 ans, a progressivement délégué certaines responsabilités représentationnelles à son fils, une démarche qui s’inscrit dans la logique naturelle de la transmission des savoir-faire monarchiques. Cette transition douce et maîtrisée illustre la maturité des institutions marocaines et leur capacité à préparer l’avenir dans la stabilité, sans rupture ni précipitation.


Les apparitions publiques du souverain se font plus sélectives, privilégiant les moments stratégiques, tandis que le prince héritier assume un rôle croissant dans la représentation nationale. Lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025, le 21 décembre dernier, c’est ainsi Moulay El-Hassan, alors âgé de 22 ans, qui a présidé l’événement en lieu et place de son père, sous une pluie battante mais sans parapluie, affichant une prestance qui a marqué les esprits. Ce choix délibéré de délégation révèle une confiance totale dans les capacités du jeune prince et une volonté d’habituer l’opinion publique à sa présence sur la scène nationale et internationale, dans un cadre réel et non symbolique.


Cette mise en avant progressive n’a rien d’anodin. Elle participe d’une pédagogie du pouvoir, à la fois à destination de l’opinion publique, des corps constitués et des partenaires étrangers. En d’autres termes, la monarchie ne se contente pas de préparer un héritier ; elle prépare aussi le regard qui se posera sur lui.


La « fabrique des rois » à l’ère moderne:


La préparation de Moulay El-Hassan s’inscrit dans une tradition séculaire de la monarchie alaouite, mais avec des méthodes résolument modernisées. Fondé en 1942 par Mohammed V, le Collège royal a accueilli le jeune prince dès son plus jeune âge, lui offrant une formation diversifiée alliant éducation religieuse, enseignement moderne, activités sportives et artistiques, ainsi que l’assimilation du système protocolaire de dar al-makhzen.


Contrairement à son père et à son oncle Moulay Rachid, qui avaient tous deux étudié le droit à l’Université Mohammed V de Rabat, le prince héritier a opté pour un cursus novateur à la Faculté de Gouvernance, Sciences Économiques et Sociales (FGSES) de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P). Ce choix stratégique révèle une vision moderniste de la gouvernance, axée sur les politiques publiques et les enjeux géopolitiques africains, dans un contexte où ces dimensions deviennent centrales pour l’avenir du Royaume.


Son parcours universitaire, d’une charge considérable avec 1950 heures réparties sur six semestres, comprend 38 modules couvrant la science politique, le droit constitutionnel, l’économie et les relations internationales. Cette formation, qu’il a débutée après avoir obtenu son baccalauréat, a été encadrée par des personnalités de premier plan, notamment Mostafa Terrab et Karim El-Aynaoui, qui lui ont sélectionné des enseignements de pointe dans un cadre pédagogique à l’américaine, traduisant une volonté d’ouverture assumée.


Cette orientation est importante. Elle dit quelque chose du rapport nouveau qu’une monarchie comme celle du Maroc entretient avec son propre avenir. La question n’est plus seulement celle de la légitimité historique ou de la continuité dynastique. Elle est aussi celle de la compétence, de la maîtrise des enjeux mondiaux, de la compréhension des mutations économiques, sociales et géopolitiques qui redessinent les rapports de force.


La thèse de doctorat : une étape décisive:


L’actualité récente révèle que le prince héritier a franchi un nouveau cap dans son parcours académique. Selon des informations parues fin 2025, Moulay El-Hassan a entamé les travaux de recherche pour une thèse de doctorat en relations internationales et sciences géostratégiques. Cette démarche, qui mêle formation universitaire et apprentissage stratégique, témoigne d’une volonté d’approfondir son expertise dans des domaines qui seront au cœur de son futur rôle.


Cette orientation académique n’est pas sans rappeler le parcours de son père : Mohammed VI avait lui-même obtenu un doctorat en droit à l’Université Nice-Sophia Antipolis en 1993, avec une thèse intitulée « La coopération entre la Communauté économique européenne et l’Union du Maghreb arabe ». La continuité dynastique se nourrit ainsi d’une exigence académique qui participe à la crédibilité de l’exercice du pouvoir.


Là encore, le symbole dépasse largement l’université. Dans un monde où les chefs d’État sont appelés à arbitrer des crises de plus en plus complexes, la formation intellectuelle devient un élément de légitimation à part entière. Elle donne à voir un prince appelé non seulement à régner, mais aussi à comprendre, à analyser, à anticiper.


L’installation au cabinet royal : immersion dans les arcanes du pouvoir:


Au-delà de la formation théorique, la préparation de Moulay El-Hassan s’accélère par une immersion pratique sans précédent. Depuis plusieurs mois, une véritable « révolution silencieuse » s’opère au palais : le prince héritier dispose désormais de son propre bureau au sein du cabinet royal, une installation qui lui permet, selon des sources proches du palais, de « s’accoutumer avec les arcanes du pouvoir ».
Cette proximité quotidienne avec les rouages de l’État marque une évolution notable dans les méthodes de formation princière, généralement plus distantes des centres de décision. L’héritier du trône aurait ainsi déjà participé à plusieurs conseils des ministres, une expérience inédite lui offrant une compréhension concrète des mécanismes décisionnels du royaume.


Cette montée en puissance s’accompagne d’un soutien institutionnel de plus en plus visible. Lors de la dernière Fête du Trône à Tétouan, les principales institutions politiques, militaires et économiques du royaume ont réitéré leur loyauté au futur souverain, consolidant ainsi sa légitimité naissante dans un cadre à la fois formel et symbolique.
Il faut mesurer ce que cela signifie. L’apprentissage du pouvoir ne se réduit plus à la représentation, au protocole ou aux apparitions publiques. Il s’effectue désormais au plus près de l’État réel, là où se prennent les décisions, là où s’expriment les équilibres, là où se nouent les arbitrages. Cette immersion précoce peut être lue comme le signe d’une volonté d’éviter toute rupture entre l’exercice théorique de l’autorité et sa pratique concrète.


Une présence publique assumée et croissante:


La CAN 2025 a constitué un moment d’accélération médiatique pour le prince héritier. Placé entre le président des Comores Azali Assoumani et le président de la FIFA Gianni Infantino, Moulay El-Hassan a donné le coup d’envoi du match inaugural Maroc-Comores, serrant la main de chaque joueur avec une solennité qui a impressionné l’assistance.


Cette visibilité croissante s’inscrit dans une stratégie de présence progressive. Le jeune prince assume désormais un rôle de représentation de plus en plus important : cérémonies militaires au Collège royal de l’enseignement militaire supérieur (CREMS), réceptions officielles, dîners au palais de Tétouan avec les participants des colonies de vacances organisées par l’institution arabo-islamique — chaque apparition contribue à installer une image de continuité.


Sa polyvalence linguistique — arabe, amazighe, français, anglais et espagnol — ainsi que sa pratique assidue de l’équitation et du basketball, dessinent le portrait d’un prince moderne, ouvert sur le monde, contrastant avec les préoccupations des générations précédentes davantage marquées par les questions de souveraineté nationale.
Dans ce registre, chaque détail compte. La posture, le regard, la manière d’occuper l’espace, la capacité à incarner la fonction sans en forcer les traits : tout cela participe à la fabrication d’une présence. La monarchie, institution du temps long, sait que l’image d’un futur souverain se construit bien avant son accession au trône.


Les séjours parisiens et la constitution d’un futur cabinet:


Si les informations concernant les séjours discrets de Moulay El-Hassan à Paris demeurent partiellement confidentielles, elles s’inscrivent dans une logique de formation internationale cohérente. Le programme de la FGSES de l’UM6P prévoit des possibilités d’échanges avec plus de 90 universités partenaires dans le monde, offrant au futur roi une ouverture internationale structurante.


Ces périodes passées en France participent d’une stratégie de constitution progressive d’un réseau et d’une culture diplomatique essentiels pour un chef d’État du XXIe siècle. Le choix de Paris comme destination privilégiée de ces séjours s’explique également par la présence de la princesse Lalla Salma, mère du prince héritier, qui entretient une relation complice avec son fils.


Là encore, il ne s’agit pas seulement d’un détail biographique. Dans un environnement international où les relations personnelles, les réseaux d’influence et la familiarité avec les codes des grandes capitales jouent un rôle croissant, ces séjours participent d’une préparation plus large. Ils permettent au futur souverain de s’inscrire dans des espaces où se fabriquent aussi les équilibres diplomatiques de demain.


La question de la succession : vers un Hassan III ?


À 22 ans, Moulay El-Hassan a franchi le seuil de la majorité constitutionnelle, fixée à 18 ans depuis la révision constitutionnelle de 2011. Cette majorité légale élimine la nécessité d’un conseil de régence en cas de succession, positionnant le jeune homme comme un successeur potentiellement prêt à assumer ses responsabilités royales.


L’oncle du prince héritier, Moulay Rachid, frère cadet de Mohammed VI, demeure une figure d’importance dans les conversations concernant l’avenir du trône. Bien que la Constitution de 2011 établisse clairement la primogéniture masculine, des rumeurs récurrentes évoquent des ambitions alternatives au sein de la famille royale, particulièrement lors des périodes de délégation accrue des responsabilités par le souverain.


Le roi Mohammed VI a néanmoins pris des mesures préventives pour sécuriser la succession de son fils : transfert de la sécurité royale aux militaires, adoption d’une loi organique sur le fonctionnement du Conseil de régence en 2016, et constitution d’une fortune à la hauteur de la fonction princière. La loi organique de 2016 a d’ailleurs renforcé les pouvoirs du futur roi en réduisant la portée du Conseil de régence, qui n’exercerait en réalité aucun pouvoir substantiel en cas de minorité.


Sur ce point, la monarchie marocaine montre une constante : elle ne laisse jamais le hasard s’installer durablement au cœur de la question successorale. La clarté juridique, la consolidation institutionnelle et la préparation politique répondent à une même logique, celle de la continuité. Ce souci d’anticipation est d’autant plus important que la stabilité monarchique reste, au Maroc, l’un des principaux piliers de l’architecture nationale.


Le style du futur souverain : entre tradition et modernité:


Les observateurs s’accordent pour déceler dans la préparation de Moulay El-Hassan les contours d’un style de règne potentiellement différent. Sa proximité supposée avec sa mère, ses apparitions plus décontractées et son refus présumé du protocole traditionnel du baisemain dessinent le portrait d’une monarchie potentiellement plus accessible.


Cette modernité affichée ne doit cependant pas masquer les exigences de la fonction. Le prince héritier a été promu au grade de colonel-major par son père, une distinction qui témoigne de son initiation aux responsabilités militaires qui incomberont au chef suprême des Forces armées royales. Des témoignages rapportent un caractère affirmé, voire jupitérien, lors de certaines circonstances, révélant une personnalité déjà marquée par les impératifs du commandement.


C’est peut-être là que se joue l’un des équilibres les plus délicats. Être de son temps sans rompre avec la solennité de la fonction. Incarner une monarchie plus proche sans l’exposer à une banalisation excessive. Montrer une forme de simplicité sans affaiblir la verticalité du pouvoir. Tout futur souverain est attendu sur cette ligne de crête. Moulay El-Hassan semble, à ce stade, apprendre à s’y tenir.


Dans l’ombre du souverain, sans précipitation mais sans improvisation, se dessine ainsi une transmission maîtrisée du pouvoir. Plus qu’une simple succession dynastique, c’est une continuité stratégique qui se construit, à mesure que le prince héritier s’installe dans le paysage institutionnel et dans l’imaginaire collectif. Dans un environnement régional marqué par les incertitudes, cette préparation progressive apparaît moins comme un luxe que comme une nécessité.


Ce qui se joue aujourd’hui ne relève donc pas uniquement de l’histoire d’un héritier appelé, un jour, à monter sur le trône. Il s’agit aussi d’un moment politique, d’une phase de structuration silencieuse où la monarchie prépare l’avenir avec méthode, sans rupture visible, mais avec une détermination manifeste. Dans cette montée en puissance progressive, le Maroc donne à voir une certaine idée de la continuité : une continuité pensée, organisée, encadrée, dans laquelle la figure du prince héritier prend déjà, peu à peu, l’épaisseur d’un destin d’État.

Isaac Hammouch
Isaac Hammouchhttps://www.isaachammouch.com/
Isaac Hammouch est journaliste, écrivain et essayiste, spécialiste des relations internationales et de la géopolitique contemporaine. Il publie dans plusieurs médias belges, européens et internationaux. Site officiel d'Isaac Hammouch: www.isaachammouch.com
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