À quel point le cerveau est-il conscient lorsque nous sommes inconscients ? Sous anesthésie, les neurones dédiés à l’audition s’activent lorsqu’il y a un son, mais nous ne nous en apercevons pas. Comme si cette information n’atteignait pas le reste du cerveau à cause de la perte de connexions neuronales provoquée par l’anesthésiant. Or, ces messages auditifs parviennent bien à pénétrer au plus profond du cerveau !
Une étude publiée le 6 mai 2026 dans Nature par des chercheurs du Baylor College of Medicine au Texas montre en effet que l’information auditive voyage jusqu’à l’hippocampe, localisé à la base du cerveau, et que cette structure traite cette information, malgré l’état d’inconscience. “Cela nous pousse à repenser ce que ça veut dire d’être inconscient, affirme le neurochirurgien Sameer Sheth, directeur de l’étude, dans un communiqué. En coulisse, le cerveau fait beaucoup plus que ce qu’on pensait.”
Le cerveau entend les sons et perçoit les changements sonores
Avec son équipe, Sameer Sheth a mis en évidence cette conscience résiduelle lors de l’inconscience en analysant l’activité de centaines de neurones de l’hippocampe, structure impliquée notamment dans la mémoire. L’analyse de cette région est intéressante, car elle n’est pas directement impliquée dans l’ouïe : son activation refléterait donc un traitement approfondi de l’information auditive, probablement pour l’enregistrer dans la mémoire à court terme.
Avec leur consentement, les scientifiques ont profité de chirurgies du cerveau de sept patients (traités pour épilepsie) afin d’accéder à cette région reculée. Lorsque ces personnes étaient sous anesthésie, les chercheurs ont diffusé des sons dans la salle, afin de voir si ces neurones réagissaient.
Dans le premier test, trois patients ont entendu un ton régulier, coupé par moments par une tonalité plus grave ou plus aiguë. Les neurones de l’hippocampe réagissaient à ces variations en modifiant leur activité. Leur réponse devenait même de plus en plus forte avec le temps d’écoute : les neurones semblaient s’habituer au ton de base et détecter plus facilement les anomalies sonores.
Malgré l’état d’inconscience, le cerveau traite le langage
Donc, le cerveau entend bien les sons et détecte ces changements. Mais à quel point peut-il traiter l’information sonore ? Pour le savoir, quatre patients sous anesthésie ont entendu un podcast, donc du langage parlé, durant 10 à 20 minutes. Comme pour les sons qui variaient, les neurones de l’hippocampe détectaient aussi la variation des mots, réagissant différemment aux mots fréquents et aux mots rares.
Mais le cerveau répond-il réellement au mot (et à sa signification) ou seulement aux sons associés à ce mot ? Une analyse approfondie de l’activité des neurones en fonction des mots semble montrer que c’est bien le sens du mot qui est traité. En effet, des mots avec des significations proches, comme “dog” (chien) et “cat” (chat) généraient des réponses plus proches que des mots éloignés sémantiquement, comme “dog” (chien) et “pen” (stylo).
Cette compréhension des sens des mots irait même jusqu’à permettre au cerveau de prédire les mots suivants ! En effet, l’activité des neurones ne dépendait pas seulement des mots déjà entendus, mais aussi de ceux qui allaient suivre, d’une façon comparable à ce qui était observé chez des patients éveillés et donc complètement conscients. « Le cerveau semble anticiper ce qui va suivre dans une histoire, même si on n’en est pas conscient », résume Sameer Sheth.
Selon les auteurs, cette découverte montrerait que l’hippocampe retient les mots entendus et les contextualise afin de faciliter le décodage des mots suivants, un processus qui serait essentiel pour la compréhension du langage. « Nos résultats montrent que le cerveau est bien plus actif et capable durant l’inconscience que ce qu’on pensait auparavant, conclut-il. Même quand les patients sont complètement anesthésiés, leurs cerveaux continuent à analyser le monde qui les entoure ».
Cependant, l’inconscience causée par une anesthésie est différente de celle qui existe lors du sommeil profond ou lors d’un coma. Le traitement du langage constaté dans cette étude pourrait donc ne pas s’appliquer à d’autres types d’inconscience.
Source:
www.sciencesetavenir.fr




