Près d’un million de bonbonnes de protoxyde d’azote se sont retrouvées dans les incinérateurs de déchets franciliens en 2025, avec à la clé des explosions mettant en danger les salariés et les installations, a indiqué le lundi 20 avril 2026 le Syctom, le service public qui gère les déchets ménagers de près de 6 millions de personnes répartis sur les 82 communes d’Ile-de-France.
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Dans les incinérateurs, « une explosion toutes les deux heures »
Le phénomène est déjà connu, mais ne semble pas faiblir, malgré les avertissements des autorités contre l’usage récréatif comme « gaz hilarant » de ces bonbonnes initialement destinées à un usage médical ou alimentaire. « On estime qu’un million de bonbonnes de protoxyde d’azote sont entrées dans les trois incinérateurs du syndicat en 2025, provoquant plus de 25.000 explosions, soit environ une explosion toutes les deux heures », a indiqué le syndicat de gestion des déchets.
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Il souligne que ces incidents, conséquences d’un mauvais tri des déchets, font « peser un risque direct sur la sécurité des agents travaillant sur les sites » et provoquent « des casses d’équipements, des fuites dans les chaudières ou encore des arrêts d’urgence des lignes d’incinération ». Dans les fours d’incinération, la chaleur peut en effet provoquer l’explosion de ces bonbonnes qui contiennent encore des résidus de gaz.
Dégâts matériels, humains, environnementaux
En septembre 2025, le Syndicat national du traitement et de la valorisation des déchets urbains et assimilés (SVDU), autre acteur de la filière déchet, alertait sur le même sujet. Selon lui, les bouteilles de protoxyde d’azote relèvent du statut de déchets dangereux lorsqu’elles ne sont pas totalement vides. Il détaillait dans un rapport les conséquences multiples de ces explosions de bonbonnes : des dégâts très lourds sur différentes parties des incinérateurs, des blessures par brûlures ou provoqués par les objets soufflés, mais aussi des contusions, lésions sévères sur les poumons, les organes creux de l’abdomen, le larynx et les tympans, provoqués par l’effet de souffle sur les opérateurs. Il notait également des pics d’émission de monoxyde de carbone (CO) lors des phénomènes d’explosion engendrant un risque de dépassement des valeurs limite d’émission autorisées par la réglementation.
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Un appel à une réponse réglementaire forte
Ce constat a poussé le Syctom à communiquer « pour alerter et appeler à une réponse collective », encarts dans la presse et messages sur ses réseaux sociaux à l’appui. Sur un plan matériel, en 2025, « le coût global pour le Syctom est estimé à près de 15 millions d’euros, un montant entièrement supporté par le service public et, in fine, par les contribuables ». Le Syctom appelle « à une réponse réglementaire forte, combinant prévention renforcée, protection des populations et interdiction de la mise sur le marché du protoxyde d’azote, en dehors de ses usages alimentaire et médical, afin d’éviter que ces bonbonnes ne se retrouvent dans les déchets ménagers », conclut-il dans un communiqué.
Campagne de sensibilisation
Le gouvernement a lancé le 7 avril une campagne de sensibilisation contre l’usage détourné du protoxyde d’azote, dont l’inhalation peut provoquer des atteintes du système nerveux, une altération des facultés cognitives, ainsi que des troubles de l’équilibre et des réflexes, créant un risque accru en cas de conduite sous emprise. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, les signalements d’intoxications liées au protoxyde d’azote ont été multipliés par trois entre 2022 et 2023, tandis que les cas graves ont été multipliés par quatre sur la même période. Dix pour cent concernent des mineurs.
Source:
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