La charge symbolique de l’image est très forte. Une cellule de prison sombre est illuminée par un rayon de lumière qui, tel un timide espoir qui se faufile, arrive à percer les barreaux écartés d’une fenêtre. Mais le titre qui accompagne cette couverture d’El Independiente ne laisse, lui, aucune place à l’optimisme. “Réclusion à perpétuité au Salvador : un outil de mise en scène politique.”
Avec cette une, parue au mois de mars, cet hebdomadaire d’opposition salvadorien entendait dénoncer une loi votée par le Parlement qui a définitivement été promulguée par le président Nayib Bukele le 15 avril. Celle-ci, retrace La Prensa Grafica, “permettra de prononcer des peines d’emprisonnement à perpétuité dans les affaires d’homicide, de viol et de terrorisme à l’encontre des personnes reconnues coupables, en tant qu’autrices ou complices, des crimes mentionnés”.
Un changement d’échelle, puisque jusqu’ici la prison à vie n’était pas comprise dans le corpus législatif de ce pays d’Amérique centrale. Mais le détail qui a le plus marqué le Salvador, ainsi que la presse internationale, est le fait que la perpétuité pourra s’appliquer aux mineurs, et dès l’âge de 12 ans. Une disposition choquante, même si les personnes condamnées à cette peine pourront prétendre à un régime de liberté surveillée après avoir purgé vingt-cinq ans d’emprisonnement, si elles étaient mineures lors de leur condamnation, ou à partir de trente ans de prison, si elles étaient majeures.
Politique sécuritaire
Le caractère extrême de cette réforme surprend mais semble moins étonnant quand on observe la trajectoire politique de Nayib Bukele. Président de la République depuis 2019, cet allié de Donald Trump mène, depuis son arrivée au pouvoir, une politique sécuritaire extrême, qui a certes permis de faire baisser le taux de criminalité mais au prix de nombreuses entorses aux droits humains. Ainsi, dans sa volonté de mener une guerre sans merci aux gangs, Bukele a mis en place un état d’urgence permanent et emprisonné plus de 1 % de la population.
Une politique d’incarcération de masse qui s’est par ailleurs accompagnée de très graves erreurs, puisque, comme le note El País, il a été découvert que “des dizaines de milliers de personnes arrêtées au Salvador sous le régime d’exception ne figuraient pas dans les registres officiels comme des membres de gang”. “Un chiffre qui montre que le modèle sécuritaire de Nayib Bukele ne fait plus clairement la distinction entre coupables et innocents”, accuse le média espagnol.
Et El Independiente n’est pas moins critique. “Un pays rempli de prisons, c’est l’aveu d’un gouvernement qui a échoué dans sa mission d’éducation, qui n’a pas l’intention de mettre un crayon dans la main d’un enfant, mais ferme plutôt un cadenas sur la porte d’un homme”, accuse l’hebdomadaire en faisant référence à la récente réforme constitutionnelle.
Cette dernière, aura des conséquences néfastes sur toute la société, puisque désormais “la peur rampante ne touchera pas seulement le criminel, mais aussi le citoyen lambda, témoin du pouvoir absolu d’un État qui peut décréter qui disparaîtra de la société à jamais”.
Or, conclut El Independiente, “l’histoire nous enseigne que la répression poussée à l’extrême ne fait que nourrir une violence encore plus féroce pour l’avenir. La répression sans prévention n’est qu’un mirage, et la seule véritable sécurité est celle qui naît de la justice sociale.”
Source:
www.courrierinternational.com




