Le cancer colorectal est un des plus fréquents en France, avec en moyenne plus de 47 500 nouveaux cas et près de 17 000 décès chaque année. C’est la troisième cause de décès par cancer au niveau mondial comme en France où il représente 12 % de l’ensemble des décès par cancer.
Une progression inquiétante chez les moins de 50 ans
Problème : selon Santé publique France, alors que le nombre de cas a tendance à baisser chez les plus de 50 ans, il augmente régulièrement depuis 30 ans chez les moins de 50 ans (7 % des nouveaux cas), en particulier chez les trentenaires et les quadragénaires. Cette tendance serait particulièrement marquée chez les 15-39 ans avec des cancers plus agressifs que chez les populations âgées.
La même « trend » est retrouvée à l’échelle mondiale avec une augmentation disproportionnée de l’incidence des formes précoces de cancer colorectal. Aux États-Unis par exemple, l’American Cancer Society estime que 20 % des nouveaux cas concernent désormais les moins de 50 ans. Comment expliquer ce phénomène ?
Le cancer colorectal progresse chez les moins de 50 ans et on ne sait pas pourquoi. Des chercheurs barcelonais ont utilisé une approche originale pour identifier un facteur de risque jusqu’ici inconnu. © KMPZZZ, Adobe Stock
Des facteurs de risque difficiles à identifier
Pour l’instant, les causes de l’augmentation du cancer colorectal chez les jeunes restent floues. « Le cancer colorectal chez les patients de moins de 50 ans présente des caractéristiques cliniques et pathologiques particulières, explique Elena Élez, responsable de l’unité des tumeurs digestives à l’hôpital universitaire Vall d’Hebron VHIO à Barcelone, dans un communiqué. Cependant, au niveau génomique, les altérations moléculaires [sur le code génétique de l’ADN] sont similaires, et aucune altération spécifique n’a été identifiée. »
Avec son équipe, cette chercheuse a tenté de savoir quels changements de vie et d’exposition à des facteurs environnementaux – on parle d’« exposome » – pouvaient expliquer le taux anormal de cancer colorectal chez les jeunes.

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Un certain nombre d’études ont par exemple suggéré que l’exposition au tabagisme, à certains facteurs alimentaires (notamment les aliments ultra-transformés) et les déséquilibres du microbiote pourraient être en jeu. Mais jusqu’à présent, ces travaux n’étaient pas parvenus à mesurer avec précision les expositions environnementales individuelles tout au long de la vie, d’où la difficulté d’établir un lien causal. Mais les chercheurs espagnols ont utilisé un moyen novateur de mesurer les expositions passées.
Mesurer les expositions passées grâce à l’épigénétique
On sait que ces facteurs environnementaux ou du mode de vie peuvent laisser des signatures sous forme de méthylation de zones spécifiques de l’ADN des cellules. Ces petites marques chimiques ajoutées à l’ADN peuvent en effet activer, désactiver ou moduler l’expression des gènes de la cellule et ainsi favoriser ou non la cancérisation. On parle de modifications épigénétiques. Celles-ci sont déjà répertoriées dans le Cancer Genome Atlas.
« Nous avons exploré les composantes de l’exposome susceptibles de contribuer au développement du cancer colorectal chez les jeunes par rapport au cancer colorectal diagnostiqué à un âge plus avancé, à l’aide de marqueurs épigénétiques », expliquent les chercheurs, qui ont comparé les scores de risque de méthylation entre les cas de cancer colorectal à apparition précoce et ceux à apparition tardive. C’est la première fois qu’une étude de ce type est menée.
Les résultats, publiés dans Nature Medicine, montrent qu’il existe des différences significatives dans les signatures épigénétiques associées à différents facteurs environnementaux et confirment que certains facteurs de risque déjà identifiés sont bien impliqués. C’est le cas de l’alimentation, du tabac ou du niveau d’éducation.

L’exposition au piclorame, un herbicide mis sur le marché dans les années 1960, pourrait bien contribuer à l’augmentation des cas de cancer colorectal chez les moins de 50 ans. © erika8213, Adobe Stock
Un pesticide présent dans l’eau en cause
Mais les auteurs ont aussi identifié un nouveau facteur jusqu’ici inconnu. « Parmi les pesticides, une corrélation très nette s’est dégagée entre l’exposition au piclorame et le cancer colorectal précoce », expliquent-ils.
Le piclorame est un herbicide aujourd’hui très répandu, qui a été mis sur le marché au milieu des années 1960. Il n’est pas considéré comme une substance cancérigène par les autorités. C’est aux États-Unis, où l’incidence de cancer colorectal précoce est particulièrement élevée, qu’il est le plus utilisé. En France, on en retrouve dans l’eau du robinet.

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Les personnes âgées qui sont diagnostiquées aujourd’hui n’y ont pas été exposées pendant leur enfance, tandis que les cas à apparition précoce y ont été exposés pendant une plus grande partie de leur vie, ce qui pourrait expliquer les différences dans le développement du cancer.
Pour vérifier l’hypothèse de l’effet cancérigène de cet herbicide, les chercheurs ont analysé les caractéristiques moléculaires des tumeurs exposées au piclorame. Ils ont observé que celles fortement exposées présentaient moins de mutations dans le gène APC, un gène clé du cancer colorectal, ce qui suggère que l’exposition au piclorame pourrait favoriser le développement du cancer même en l’absence de mutations dans le gène APC.
Des résultats à confirmer
Même si des recherches supplémentaires doivent encore être menées pour confirmer ce résultat, cette étude montre que l’épigénétique est un outil particulièrement intéressant pour évaluer quelles expositions environnementales sont en cause dans les formes précoces de cancer colorectal.
L’idée derrière ces recherches : promouvoir des interventions de prévention tant au niveau individuel qu’au niveau des politiques publiques.
Source:
www.futura-sciences.com




