Million Beyene, le responsable éditorial de l’Addis Standard, a été “enlevé vers 10 h 40 ce matin [le 15 avril] de la salle de rédaction par un groupe d’individus non identifiés en civil”, a annoncé Jakenn Publishing Plc, propriétaire de ce média indépendant, sur son site. Exprimant sa “profonde inquiétude”, le groupe précise que ces personnes “ont informé Million qu’il devait ‘être interrogé’, avant de l’emmener dans un lieu tenu secret”.
Selon les images de vidéosurveillance consultées par Jakenn Publishing Plc, les individus semblaient “agir de manière délibérée et organisée, l’un d’entre eux ouvrant la marche tandis que les autres le suiv[ai]ent de près alors qu’ils quitt[ai]ent le bâtiment ensemble”. Depuis, les autorités ont assuré que le journaliste n’était pas “sous leur garde” et que ceux qui l’avaient emmené ne font pas partie des forces de l’ordre.
Répression croissante contre les médias
Comme le souligne le groupe propriétaire de l’Addis Standard, l’enlèvement de Million Beyene s’inscrit dans un climat marqué par des “pressions sécuritaires et administratives répétées et de plus en plus fortes” ayant visé ce média. Fin février, sa licence avait été révoquée par les autorités éthiopiennes au motif qu’il portait “atteinte aux intérêts nationaux”.
“Cette mesure doit être comprise dans le contexte plus large de pression croissante exercée sur le journalisme indépendant en Éthiopie, expliquait en mars Yonas Kedir, rédacteur en chef de l’Addis Standard, dans un entretien à Courrier international. Cette révocation intervient également dans un contexte que les observateurs internationaux de la liberté de la presse qualifient de répression croissante à l’encontre des médias indépendants”.
En avril 2025, note le Comité de protection des journalistes (CPJ), la police avait “effectué une descente dans sa rédaction et au domicile d’un membre de son personnel, a placé trois responsables en détention et a saisi du matériel”. Et le média avait déjà subi une mesure d’interdiction en juillet 2021 avec le retrait de sa licence.
Dans un communiqué appelant les autorités éthiopiennes à tout faire pour localiser et libérer Million Beyene, le CPJ rappelle aussi qu’en février, des journalistes de l’agence Reuters se sont vu retirer leur accréditation dans le pays à l’issue d’une enquête. L’Agence France-Presse et le média allemand Deutsche Welle font partie des autres médias récemment pris pour cible.
Pour Yonas Kedir, il règne, dans l’Éthiopie dirigée par le Premier ministre Abiy Ahmed, “une atmosphère intimidante où le journalisme critique est exposé à des sanctions administratives, plutôt que traité dans le cadre de procédures judiciaires transparentes”.
Source:
www.courrierinternational.com




