“Retenir les jeunes ici, cela signifie conserver un capital social. Beaucoup de familles sont contraintes d’envoyer leurs enfants étudier ailleurs, car souvent, c’est eux-mêmes qui le demandent. Mais désormais, ces derniers auront une raison supplémentaire pour étudier ici car cela sera plus rentable, tout simplement.”
C’est avec ces mots, rapportés par le Corriere della Calabria, que Roberto Occhiuto, président de la région Calabre, a présenté son nouveau dispositif. Une aide qu’il a nommée, non sans emphase, “revenu au mérite”. C’est une aide mensuelle à destination des étudiants inscrits en Calabre qui fonctionnera de la manière suivante : sachant qu’en Italie les examens durant les études supérieures sont notés sur 30, “on prévoit une contribution de 500 euros par mois pour ceux qui ont une moyenne de 27, de 750 euros pour une moyenne de 28 et de 1 000 euros pour une moyenne de 29 et plus”. Aucun critère (propre ou familial) de revenus donc, mais seulement un chèque délivré à tous ceux qui resteront en Calabre et se montreront relativement bons élèves. Pourquoi ?
La raison est simple : comme l’a évoqué Occhiuto, depuis de nombreuses années, cette région située à l’extrémité sud de la péninsule souffre d’une forte émigration, notamment chez les jeunes diplômés qui partent chercher d’autres opportunités dans le nord du pays, voire à l’étranger.
“Piège à talents”
Entre 2001 et 2024, analysait en fin d’année dernière le site de décryptage Pagella Politica, “la Calabre a perdu 183 000 résidents” sur une population totale qui est aujourd’hui de 1,8 million de personnes. Si l’on rapporte ce chiffre au nombre d’habitants, c’est la région italienne qui perd le plus de résidents. Voilà qui peut paraître logique lorsque l’on sait que la Calabre est le territoire transalpin avec le revenu par habitant le plus bas du pays.
La mesure, qui devrait entrer en vigueur l’année prochaine, a donc pour objectif d’encourager les étudiants à rester, grâce à ce que l’hebdomadaire de gauche L’Espresso compare à “un salaire”. L’investissement nécessaire pour la garantir devrait être autour de 15 millions d’euros par an, financé en partie par l’intermédiaire de fonds européens.
Par ailleurs, note le média progressiste, le problème ne se limite pas à la période des études, mais concerne aussi le début de carrière des jeunes Calabrais, puisque, “entre 2019 et 2023, la Calabre a perdu 13 000 personnes de 25 à 34 ans ayant obtenu un diplôme universitaire”. Voilà pourquoi même la Commission européenne a jugé bon de tirer la sonnette d’alarme en intégrant la Calabre dans les zones qu’elle qualifie de “pièges à talents” car incapables d’attirer des jeunes ou de retenir les siens. Au même titre d’ailleurs que le reste du sud de l’Italie.
Source:
www.courrierinternational.com




