Avec 2 100 milliards d’euros placés, les contrats d’assurance-vie, représentent un véritable poids lourd de l’épargne. Dotée de caractéristiques juridiques et fiscales inégalées et d’un fonds en euros à toute épreuve, elle a su séduire les Français. Le rebond de la collecte observée depuis deux ans montre que ces derniers la plébiscitent toujours. Cette place à part dans le patrimoine des ménages en fait aussi un produit avec lequel il faut compter du côté des autorités, d’autant qu’il finance à coups de milliards d’euros la dette de l’Etat et ses ambitions dont celles autour de la défense. Ce statut n’est pas sans susciter des convoitises. Courtiers, mutuelles, fintechs… De nombreux acteurs se lancent chaque année avec leur contrat pour essayer de capter une petite part de ce gâteau. Pour un succès variable tant l’offre est désormais abondante et concurrentielle. D’autres préfèrent la fustiger, en mettant l’accent sur son coût. Un tacle mérité mais qui tend à s’améliorer, sous la pression de Bruxelles en particulier.
Avec un contrat investi à 100 % en fonds en euros, aucun risque de perdre de l’argent. Mais les gains seront forcément modestes. Pour aller chercher un surplus de rendement, il faut accepter une part de risque et diversifier son portefeuille sur des unités de compte. Tout en tenant compte de son degré d’acceptation du risque et de son horizon de placement. Plus ces derniers s’avèrent élevés et plus il convient de miser sur des placements dynamiques comme les actions.
Trois profils pour bien investir
3 allocations dont s’inspirer
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Voilà pour la théorie. En pratique, on peut facilement s’y perdre face aux différents choix. Pour donner du corps à ces concepts, nous avons demandé à trois professionnels de nous proposer une allocation. Notre assuré type est une femme de 45 ans, mère de famille, avec 20 000 euros à placer et un horizon de temps d’au moins dix ans devant elle. Chacun des contributeurs s’est vu assigner un niveau de risque différent : prudent pour la MIF, équilibré pour AG2R La Mondiale et dynamique pour Mon Petit Placement. Si ces résultats peuvent être – tout du moins en partie – reproduits dans n’importe quel contrat, ils renseignent surtout sur la méthode à mettre en place pour diversifier correctement son assurance-vie.
La première étape consiste à évaluer la part à accorder au fonds en euros et celle à allouer aux unités de compte. Sans surprise le poids de l’actif garanti va décroissant avec l’appétence au risque : la MIF y consacre ainsi 70 % de son portefeuille. « Dans le cas d’une prise de risque modérée, nous recommandons soit une gestion sous mandat soit une gestion libre avec le fonds en euros comme socle sécuritaire, ce qui permet d’assurer la préservation du capital », explique Olivier Sentis, directeur général de la mutuelle. AG2R La Mondiale, pour un profil équilibré, le positionne à 40 % et Mon Petit Placement n’en met pas du tout au démarrage pour un client dynamique avec cet horizon de temps. « Les épargnants avec un projet précis et un horizon de temps prédéterminé pourront sécuriser progressivement leur contrat, nuance Valentine Demaison, directrice générale de la fintech. Dans ce cas, nous intégrons le fonds en euros au bout de sept ans à hauteur de 30 % et nous augmentons progressivement sa part jusqu’à atteindre 80 % au terme des dix ans. » Une précaution qui permet d’éviter les aléas des marchés tels qu’un krach boursier juste avant d’avoir besoin de ses capitaux.
S’interroger sur les unités de compte
Il faut ensuite se pencher sur les unités de compte. Les contrats sélectionnés comportent des supports différents et un choix plus ou moins vaste, mais tous sont en architecture ouverte c’est-à-dire qu’ils référencent des fonds provenant de différentes sociétés de gestion. Selon le profil, l’ambition du portefeuille diffère. Pour l’épargnant précautionneux, il s’agit d’améliorer légèrement la performance du contrat par rapport à une allocation à 100 % en fonds en euros sans risque de perte en capital. Pour le profil équilibré, « nous avons mis l’accent sur le fait de limiter la volatilité, relate Eric Rosenthal, directeur général adjoint d’AG2R La Mondiale chargé de l’épargne retraite et patrimoniale. Nous ne voulions pas que le client s’expose trop en cas de mouvement brutal sur les marchés. » Quant au profil dynamique, il s’agissait de maximiser la performance avec un portefeuille résilient.
Tous ont parié sur les actions, principale source de performance à long terme, dans des proportions variables. La diversification géographique est de mise avec l’intégration, pour une partie de l’allocation, de fonds internationaux, permettant de capter la croissance mondiale. « Pour un profil encore plus offensif nous aurions pu ajouter un support exposé aux pays émergents », précise Valentine Demaison. Chez AG2R La Mondiale, le plus gros poids des unités de compte ira en direction d’un ETF sectoriel, le Amundi MSCI World Healthcare. « C’est un produit très diversifié, sur 118 titres d’entreprises du secteur de la santé, par nature décorrélé du cycle économique, explique Eric Rosenthal. En outre, le choix d’un ETF nous permet de limiter les coûts. » La durabilité est aussi au rendez-vous : la MIF, par exemple, a sélectionné deux fonds orientés sur le climat. « Ils permettent d’investir dans le monde entier au travers d’entreprises tournées vers la technologie, l’industrie et le développement des énergies renouvelables », détaille Olivier Sentis.
Les produits à capital garanti
Ensuite, les stratégies divergent. Chaque candidat a sélectionné des supports permettant d’améliorer la performance du portefeuille avec une prise de risque limitée. A la MIF et chez Mon Petit Placement, une place a ainsi été accordée aux produits structurés à capital garanti à l’échéance. Ces supports vous assurent de récupérer a minima votre capital à l’échéance (souvent dix ans), modulo les frais de gestion du contrat, même en cas de baisse des marchés. « Les conditions actuelles permettent d’obtenir des produits à capital garanti dotés de coupons attractifs, ce qui nous a incités à intégrer ce support », indique Valentine Demaison. Leur rémunération dépend généralement de l’évolution d’un indice selon des conditions fixées à l’avance. Celui de la MIF repose sur un indice actions Transatlantique, combinant les marchés européens et américains, quand celui de Mon Petit Placement se trouve adossé à un panier de valeurs du luxe. Moins diversifié, il se révèle plus risqué mais, en contrepartie, la rémunération espérée est aussi plus élevée, ce qui reste cohérent avec le profil ciblé.
Autre approche : le recours à des produits de performance absolue, plébiscités chez Mon Petit Placement et AG2R La Mondiale, via respectivement les fonds Gay Lussac MacroSphere Global et Helium Sélection. Ces supports à la gestion relativement complexe disposent de sérieux atouts dans le contexte actuel. « Il s’agit de fonds qui peuvent dégager de la performance quel que soit l’environnement boursier et qui sont peu corrélés aux marchés », indique Eric Rosenthal. Ils apportent de ce fait de la solidité et de la résilience aux allocations.
L’or, valeur refuge par excellence
Enfin, l’or est représenté, à hauteur de 5 % dans le portefeuille équilibré et de 20 % pour le dynamique. « Il faut les voir comme des valeurs refuge très importantes en ce moment, qui pourront éventuellement être arbitrées quand le calme reviendra », estime Eric Rosenthal. Différence notable, AG2R mise sur un fonds actions d’entreprises des secteurs des métaux précieux et de l’énergie quand Mon Petit Placement privilégie un certificat or, qui reflète fidèlement le cours de la matière première.
Enfin, seule la MIF a fait le choix de mettre de l’immobilier dans son portefeuille, avec une SCPI diversifiée de la société Inter Gestion, qui a bien traversé la récente crise. « L’immobilier génère des revenus directement réinvestis sur le fonds en euros, précise Olivier Sentis. C’est en outre une combinaison gagnante avec l’assurance-vie, permettant de gommer la fiscalité des revenus fonciers. » Si cette catégorie de placement n’est pas représentée ailleurs, c’est avant tout pour une question de montant à investir selon AG2R La Mondiale. « L’approche aurait été différente pour un patrimoine plus important car l’immobilier apporte des revenus réguliers et la tendance est bonne pour cette catégorie d’actifs », indique Eric Rosenthal.
En revanche, aucun des participants n’a souhaité mettre de capital investissement (ou private equity). « On privilégie les actions cotées au private equity quand on n’a que dix ans devant soi et compte tenu des craintes actuelles autour de la liquidité de ces supports », conseille Valentine Demaison.
Source:
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