Mains et pieds liés, assis en rang sur des chaises en plastique et surveillés par des militaires lourdement armés dans une salle verrouillée, plus de 400 hommes, visages et corps tatoués, assistent à leur procès par visioconférence. Dans une autre salle, les juges et avocats débattent et mènent des interrogatoires groupés. Le procès de masse contre le gang de la Mara Salvatrucha (MS-13) a commencé le 20 avril au Salvador, et les images, diffusées par le parquet et reprises par El País América, sont glaçantes.
L’organisation criminelle, qui a longtemps semé la terreur dans ce pays d’Amérique centrale, est accusée d’avoir commis plus de 47 000 crimes entre 2012 et 2022, parmi lesquels homicides, féminicides, extorsions, trafic de stupéfiants, disparitions et trafic d’armes, selon l’acte d’accusation présenté par le parquet.
Parmi les 486 membres présumés de la Mara Salvatrucha jugés, dont 73 sont en fuite, se trouvent les principaux chefs du gang. Ils sont notamment accusés d’avoir ordonné le massacre de 86 personnes commis lors du dernier week-end de mars 2022, à l’origine du virage autoritaire du régime de Nayib Bukele.
Selon une enquête du journal d’investigation indépendant en exil El Faro, ce massacre se voulait une démonstration de force du gang après la rupture d’un pacte scellé secrètement avec Bukele. Ce dernier y a répondu en instaurant l’état d’urgence et en lançant une chasse massive aux gangs.
L’état d’urgence renouvelé 49 fois
Plus de 90 000 personnes, soit 2 % de la population adulte, ont été arrêtées ces quatre dernières années, souvent sur la seule foi d’un témoignage ou à cause d’un tatouage. Près de la moitié a été enfermée dans le Cecot, vaste centre pénitentiaire construit ad hoc où 40 000 détenus sont entassés, entravés nuit et jour, sous des néons allumés en permanence. Après des années de détention, ils sont jugés lors de procès de masse présidés par des juges anonymes, comme celui qui a commencé le 20 avril.
Renouvelé tous les mois depuis mars 2022, soit 49 fois, l’état d’urgence a permis à Bukele de prendre le contrôle de toutes les institutions et d’installer dans la durée “une politique de répression massive qui a suspendu les garanties constitutionnelles pour l’ensemble de la population, telles que le droit à la défense et la non-ingérence dans les communications”, rappelle El País América.
Ces derniers mois, plusieurs organisations internationales ont tiré la sonnette d’alarme concernant les atteintes aux droits humains sous l’état d’urgence. De nombreuses familles dénoncent des détentions arbitraires, et des ONG ont estimé à près de 500 le nombre de détenus morts en prison, par violence ou manque de soins médicaux.
Malgré ces atteintes, la cote de popularité de Bukele est très élevée dans le pays, traumatisé par l’extrême violence des gangs, qu’il a majoritairement éradiqués. L’autocrate, qui a mis au pas la justice et pourchassé la presse indépendante, a réformé la Constitution pour se faire réélire indéfiniment.
Source:
www.courrierinternational.com




