« Voyage à Alamût, suivi de Quelle est la question ? Entretien avec Lawrence Lacina » (A Quick Trip to Alamut), de Brion Gysin, traduit de l’anglais par Olivier Borre et Dario Rudy, préface de Bernard Heidsieck, postfaces de Nathalie H. de Saint Phalle, Allia, 128 p., 9 €.
En lisant, enfant, le récit que Marco Polo fit de ses voyages en Asie, Brion Gysin (1916-1986) découvre Alamût comme s’il y était. A l’été 1973, il se retrouve un peu par hasard en Iran – il voulait aller à Kaboul, mais un coup d’Etat avait alors fermé l’Afghanistan –, et n’a qu’une idée en tête : aller y voir. Depuis les années du Beat Hotel de la rue Gît-le-Cœur, à Paris, William Burroughs (1914-1997) et lui s’étaient promis de comprendre sur place la légende noire qui entourait le lieu. Gysin s’y est finalement rendu sans lui mais accompagné du photographe Lawrence Lacina (qui donne sa version de l’histoire lors d’un entretien plus tardif) et il relate son aventure dans un texte intelligent et enjoué, Voyage à Alamût, qui est aujourd’hui une manière décalée de penser à l’Iran.
La légende noire fixée par Marco Polo dans le Devisement du monde (rédigé à la toute fin du XIIIe siècle) est celle d’un érudit originaire du Yémen, Hassan-i-Sabbah, surnommé le « Vieux de la montagne », qui avait établi à Alamût et dans les massifs alentour, au sud de la mer Caspienne, le siège de l’islam ismaélien, un courant du chiisme. Il aurait réuni là une impressionnante bibliothèque et surtout une armée de fidèles qu’il se serait attachés en les droguant au haschisch – et en leur donnant accès à un merveilleux jardin –, les Haschischins, d’où serait venu le mot « assassin ». Il en aurait ainsi fait des sbires parfaitement soumis, des tueurs ne craignant pas la mort car convaincus de pouvoir revenir dans ces lieux de délices. Ils semaient la terreur partout où l’on ne reconnaissait pas leur religion.
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Source:
www.lemonde.fr




