Virginie Despentes, l’une des romancières emblématiques de Grasset, a qualifié, mercredi 22 avril, de « situation de prédation » la crise de la maison d’édition causée par le limogeage de son PDG, Olivier Nora, par le groupe Hachette, contrôlé par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré.
L’autrice explique, dans une vidéo publiée par « La Grande Librairie », l’émission littéraire de France 5 qui sera diffusée mercredi soir, pourquoi elle a signé, avec quelque 200 autres auteurs, une pétition dénonçant la décision de licencier le patron qui dirigeait Grasset depuis vingt-six ans. « Ce n’est pas une guerre, c’est de la prédation. Si c’est le même mot que quand il s’agit de prédation sexuelle, c’est que c’est le même mécanisme : abuser de son pouvoir pour dépouiller l’autre de son humanité », déclare-t-elle dans cette courte vidéo.
« Dans une situation de prédation, la critique de l’attitude de ceux qui sont attaqués est toujours une légitimation de ceux qui attaquent », ajoute l’autrice de Baise-moi, qui a publié la plupart de ses livres chez Grasset, dont Vernon Subutex et Cher connard.
« Nous voulons sauver tous nos livres »
Virginie Despentes réagit aussi à la tribune de Vincent Bolloré publiée le week-end dernier dans Le Journal du dimanche, qu’il contrôle également, où il dénonçait « le vacarme » d’une « petite caste ». « Je m’adresse à ceux qui disent : “C’est des bourges, c’est bien fait pour eux”. Je dis, ça, c’est comparable à dire : “Sa jupe était trop courte, et elle aurait dû moins sourire, et si ça lui arrive, c’est bien qu’elle le mérite” », dit-elle.
« Les autrices et les auteurs ne sont pas tous des bourges, les lecteurs et les lectrices ne sont pas tous des bourges, la littérature n’appartient pas à la bourgeoisie, ajoute-t-elle. Même si ça dérange l’extrême droite, c’est comme ça : les librairies ne sont pas des magasins de luxe. »
Virginie Despentes soutient aussi l’action engagée par les auteurs pour récupérer leurs droits sur leurs romans publiés chez Grasset. « Nous voulons sauver tous nos livres, et que n’importe quelle autrice ou auteur puisse dire : “Je reprends tout, mon texte n’aura pas la même couverture que celui de l’éditeur de [Jordan] Bardella” », le président du Rassemblement national, qui a publié deux livres chez Fayard, autre maison d’Hachette.
Source:
www.lemonde.fr






