Manger est un acte profondément social et symbolique. Dans une tribune publiée par Le Monde, Kilien Stengel, enseignant-chercheur à l’Université de Tours, invite à repenser la façon dont les recommandations alimentaires sont formulées et diffusées. Il souligne que, même lorsque l’expression du choix alimentaire paraît individuelle, sa construction repose sur des normes culturelles, des pratiques familiales et des attachements affectifs.
Cette lecture met en lumière les limites des injonctions alimentaires qui traitent l’alimentation comme une série de règles techniques à appliquer. Les prescriptions standardisées — souvent centrées sur des volumes, des fréquences ou des interdits — risquent d’ignorer les dimensions symboliques et identitaires des repas : rites, souvenirs, plaisir et appartenance à des groupes sociaux. Ces éléments jouent un rôle structurant dans les comportements et peuvent expliquer la résistance aux messages purement prescriptifs.
Les conséquences sont concrètes pour les politiques publiques et les campagnes de santé. Si les objectifs de santé publique restent prioritaires, leur traduction en messages doit tenir compte des contextes matériels (accès aux produits, temps disponible, pouvoir d’achat) et immatériels (traditions, signification des aliments). Ignorer ces dimensions conduit à des interventions qui peuvent être perçues comme déconnectées des réalités des populations ciblées et, par conséquent, peu efficaces.
La réflexion proposée par Kilien Stengel souligne l’importance d’approches intégrées : concilier connaissances nutritionnelles et compréhension des pratiques culturelles permettrait d’élaborer des stratégies plus adaptées. Cela implique notamment d’associer acteurs locaux, professionnels de santé et communautés dans la co-construction des messages, sans pour autant substituer un point de vue normatif à la diversité des manières de se nourrir. Au cœur du débat reste la nécessité de préserver la dimension humaine du repas tout en poursuivant les objectifs de santé collective.






