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Incendies : « J’avais déjà fait le deuil de ma maison »… Dans les Pyrénées-Orientales, le traumatisme à vif des évacués

Dans les Pyrénées-Orientales,

« Vous sentez cette odeur de brûlé vous aussi ? » Depuis l’incendie, Olivier doute. « Je ne sais jamais si ça sent vraiment, ou si c’est mon imagination qui ressasse l’odeur de cette nuit-là. J’ai toujours l’impression que ça brûle. ». Pas d’illusion olfactive ce mercredi : la tramontane, vent local des Pyrénées-Orientales, charrie encore cette odeur de cendre, synonyme de mauvais souvenir dans le village d’Ille-sur-Têt. Et même si son odorat lui avait joué des tours, le ballet de camion de pompiers constants dans les rues du village et les collines environnantes noirs de suie ne laissent que peu de place au doute : l’incendie est encore bien là.

A Ille-sur-Têt, côté rive gauche, une bonne partie des édifices ont brûlés suite à l’incendie. - JLD/20 Minutes

Début juillet, les Pyrénées-Orientales ont connu un grand incendie, ayant mené à l’évacuation de près de 12.000 personnes, dont 6.000 pour le seul village d’Ille-sur-Têt, le plus peuplé de la zone touchée. Cette nuit-là, Sarah non plus n’est pas près de l’oublier. Les murs de flammes qui descendent de la colline, le bruit du feu qui consume tout sur son passage, et une évacuation ordonnée en urgence par le préfet, dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet. « D’un coup, on te dit de tout laisser et tu abandonnes tout. Ta maison, ton lit, tes meubles, le collier de famille, les albums de photos… Sans savoir ce que tu vas retrouver à la fin. »

« La végétation n’attend qu’à brûler ailleurs »

Plus de peur que de mal, puisque le feu – qui a ravagé 4.900 hectares au total – a été contenu sur la rive gauche de la ville. Les flammes ne sont ainsi pas entrées dans la partie la plus dense d’Ille-sur-Têt, à droite du fleuve. Mais depuis leur retour, cinq jours plus tard, un étrange sentiment domine parmi les habitants. « Je suis retourné dans une maison dont j’avais déjà fait le deuil, pour me préserver », poursuit Sarah. Tout est bien là, même les fleurs du jardin, mais tout semble plus fragile que jamais. « J’ai dit à ma sœur de ramener les affaires importantes et sentimentales, comme les albums photos, à Paris. Elles seront plus en sécurité qu’ici », insiste la quinquagénaire, mère de deux grands enfants.

A l’instar Sarah, beaucoup en sont persuadés, tôt ou tard, « le feu reviendra. Et le feu finira toujours par gagner. Ici, ça a brûlé, mais regardez dans toute la région. La végétation est sèche et jaunie. Elle n’attend qu’à brûler ailleurs. » Difficile de lui donner tort, en ressassant les multiples autres incendies les derniers jours dans d’autres spots du département, de Rivesaltes à Canet-en-Roussillon.

Entre Vinça et Ille-sur-Têt, tout a brûlé ou presque, les pompiers concentrants la lutte contre l'incendie à la protection des villages environnants.
Entre Vinça et Ille-sur-Têt, tout a brûlé ou presque, les pompiers concentrants la lutte contre l’incendie à la protection des villages environnants. - JLD/20 Minutes

« Ici, c’est trop marqué »

L’envie de tourner la page se fait rattraper par la réalité dès que vous franchissez la rive. Là, tout a brûlé ou presque, l’incendie colle à la peau. Les chaussures s’enfoncent dans la cendre molle – « il faut laver trois fois les chaussettes pour que tout parte », conseille Mathilde, dont la maison se trouvait du mauvais côté. Les pompiers ont réussi à sauver la maison de cette sexagénaire mais les traces de l’incendie s’étendent jusqu’à son jardin. Tout autour de chez elles, les voitures sont calcinées, les maisons abandonnées, les bâtiments défigurés comme de mauvais Picasso…

L’incendie est trop récent pour prendre une décision tranchée mais certains évoquent déjà un possible déménagement. « Ici, c’est trop marqué », poursuit-elle. Le Catalan, d’habitude si loquace et sonore, se montre bien taiseux. Dans ce genre de village, tout le monde connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui a vécu pire que soi. Alors, on ne s’épanche pas trop.

« Un jour, il faudra partir »

Quelques symboles demeurent – cet arbre fleuri encore debout au milieu du chaos, cette maison épargnée des flammes pour quelques mètres ou ce parc pour enfant qui a mystérieusement échappé au feu – les habitants peinent à reprendre leurs esprits et se projeter. Même si sa maison a survécu, « je ne peux pas avoir cette vue chaque jour de mon jardin », estime l’un des habitants « déjà » de retour chez lui. « Quelque chose est mort cette nuit-là, ce ne sera plus jamais la même maison ».

Voitures, bâtiments agricoles, champs, arbres, forêt... Le feu a tout pris et dévasté la zone. Plus de 4.900 hectares ont brûlés.
Voitures, bâtiments agricoles, champs, arbres, forêt… Le feu a tout pris et dévasté la zone. Plus de 4.900 hectares ont brûlés. - JLD/20 Minutes

A quelques kilomètres de là, Vinça, village minuscule du Languedoc Roussillon, a aussi été évacué, avec plus de chance. Le village est entièrement intact. Ses rues en pierres apparaissent comme un miracle après dix minutes de route à voir cendres et arbres calcinés défilés à la fenêtre de la voiture. Depuis, Anthony a décidé de retourner à la messe, « remercier le Ciel » d’avoir sauvé sa maison. « On a eu de la chance une fois, mais quand le feu reviendra ? » Nous ne sommes qu’à la mi-juillet, et les pompiers ont déjà tant donné.

« On a eu de la chance une fois »

« La réalité, c’est que la région est foutue », souffle-t-il. Et d’insister : « Il ne pleut pratiquement plus jamais ici, tout est sec, mort ou inflammable. L’année dernière, des villages étaient privés d’eau potable. Il faisait 40 degrés la semaine dernière. Et maintenant Ille qui brûle. » Il en est convaincu : « Les Pyrénées-Orientales finiront soient en désert soient en incendie. Un jour, il faudra partir ».

A Canet-en-Roussillon aussi, les flammes ont jailli de nulle part, dévorant en partie un des campings de la station balnéaires, et quelques bâtiments du port, forçant une partie de la population à évacuer. « Maintenant que ça brûle près de Paris, les gens vont peut-être ouvrir les yeux… Ou encore plus nous oublier », réfléchit Bastien, agent immobilier. Son partenaire de terrasse recadre poliment : « On est tous dans le même bateau. »

A Canet-en Roussillon, une partie du port a aussi disparu dans les flammes.
A Canet-en Roussillon, une partie du port a aussi disparu dans les flammes. - JLD/20 Minutes

Encore très marquée par les événements, la commune d’Ille-sur-Têt avait supprimé les célébrations du 14-juillet, les trouvant mal venue. Ne restait pour s’occuper l’esprit qu’à regarder la demi-finale et la France se faire botter de la Coupe du monde par l’Espagne. Ce mercredi matin, dans les cafés, les débats sur l’arbitrage ou ce satané Lamine Yamal ont remplacé les discussions sur l’incendie. « Ce n’est que du football. C’est bien futile », philosophe un des séniors du village. Mais parler à nouveau de ce genre de futilités, c’est aussi signe que la vie reprend peu à peu.


Source:

www.20minutes.fr

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