Le légendaire joueur de hockey canadien Gordie Howe était encore en vie lorsque le gouvernement du Canada a annoncé en 2015, un an avant son décès, que le nouveau pont reliant la ville ontarienne de Windsor et la métropole de l’État du Michigan Détroit serait nommé en son honneur. Cette infrastructure gigantesque était destinée à soulager les problèmes chroniques de congestion. Interrogé par la station de télévision de Détroit WXWZ, Murray Howe rappelle que son père avait alors sobrement déclaré : “Eh bien, ça me semble plutôt bien.”
“Monsieur Hockey”, comme on l’appelait, ne pouvait alors pas se douter que la structure routière de six voies deviendrait l’objet d’un nouveau bras de fer entre Donald Trump et le Canada. Le pont d’environ 2,5 kilomètres a coûté la bagatelle de 6,4 milliards de dollars canadiens (environ 4 milliards d’euros), entièrement pris en charge par Ottawa. Mais en février, rappelle la CBC, le président américain a exigé que le Canada cède au moins la moitié de la propriété du nouveau pont au gouvernement américain et “accepte d’autres demandes non spécifiées”. “C’est du taxage !” – comprenez du racket –, réagit La Presse. Le quotidien avance que ces vitupérations concernant ce qu’il appelle le “pont de la discorde” ont débuté après une rencontre entre son secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, et la famille Moroun, propriétaire du pont voisin Ambassador et “important donateur de Trump”.
Pour se sortir de cette impasse, continue La Presse, le Canada vient d’accepter de verser aux États-Unis la moitié des profits nets générés par les péages du pont pendant quinze ans, “alors qu’Ottawa devait tout empocher”. Interviewé par CTV News, le Premier ministre, Mark Carney, a qualifié l’entente de “bonne affaire pour le Canada”. Il précise qu’une fois payés les coûts d’entretien et le remboursement de la dette, “il n’y aura pas beaucoup de bénéfices à partager”. La Presse parle d’un autre recul face au chef de la Maison-Blanche : “Après nous avoir fait subir ses tarifs douaniers, Donald Trump a pris la frontière en otage. Il a exigé une rançon pour libérer le commerce. Et le Canada a payé. C’est du taxage !”
“Capitulation désastreuse”
Le magazine Policy y voit la “fin de la confiance bilatérale” et un avertissement pour les négociations en cours sur l’accord nord-américain de libre-échange. Auprès du National Post, le député conservateur canadien Andrew Lawton dénonce une “capitulation désastreuse” de Mark Carney.
Le Toronto Star enfonce le clou : “L’affaire du pont Gordie-Howe ne relève pas simplement de la politique habituelle. Elle est le reflet de la vision déformée du pouvoir qu’a Donald Trump.” “Un accord avec les États-Unis n’est valable que tant que M. Trump souhaite continuer à l’honorer”, relève froidement The Globe and Mail. Le quotidien suggère que, contrairement à ce qu’affirme le président républicain, les relations commerciales avec le Canada sont vitales pour les États-Unis. S’il n’a pas exigé davantage d’Ottawa, “c’est peut-être qu’il est conscient que le Michigan ne lui est pas acquis” en vue des élections de mi-mandat de novembre.
Le Detroit Free Press met néanmoins en garde, le comportement instable de Trump l’a amené à opérer d’importants revirements sur plusieurs dossiers. “Nous attendrons donc de voir si c’est réellement la version définitive concernant le nouveau pont.”
Source:
www.courrierinternational.com






