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Le revenu universel élevé, la pilule des gourous de la Tech pour mieux faire passer l’IA

Elon Musk veut le revenu universel. Et pas n’importe lequel : le controversé multimilliardaire a estimé vendredi 17 avril sur X qu’un « revenu universel élevé » représenterait le « meilleur moyen de répondre à la question du chômage induit par l’arrivée de l’intelligence artificielle ».

Face à l’avènement des chatbots, vive le revenu universel ? Il y a un petit air de Benoît Hamon, candidat malheureux du Parti socialiste à la présidentielle française de 2017, dans les propos d’Elon Musk. Le « Frenchy » avait proposé à l’époque de mettre en place un revenu universel pour faire face à la casse sociale engendrée par l’arrivée de l’automatisaton.

Les géants de l’IA fans de revenu universel

Le propriétaire de X et grand soutien de Donald Trump peut cependant difficilement être soupçonné de sympathie pour le socialisme à la mode Benoît Hamon.

Elon Musk n’est en outre pas le seul grand gourou de la Silicon Valley à promouvoir ces derniers temps le revenu universel comme remède aux conséquences négatives de la révolution IA. Sam Altman, patron d’OpenAI, a soutenu que toute la richesse générée par son ChatGPT et autres modèles d’IA permettrait non pas de financer un revenu universel mais de reverser une « richesse universelle » à tout un chacun.

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Tech 24. © France 24

Mark Zuckerberg, le PDG de Meta, n’est pas en reste. Il milite pour un « revenu de base » universel depuis 2017. Mais ces patrons de la Tech sont restés avares en détails sur la manière de mettre en place ce revenu universel ou le montant qu’il faudrait verser à chacun.

Et si on considère l’idée d’un revenu universel comme étant « de gauche », « il est vrai que cela peut sembler surprenant qu’un homme comme Elon Musk en fasse la promotion », reconnaît Andrew White, chercheur au King’s College de Londres qui a travaillé sur les inégalités dans l’économie numérique et sur le revenu universel.

La gauche n’a pourtant pas le monopole du concept. En France, par exemple, l’un des premiers à théoriser le revenu universel est Lionel Stoléru, conseiller économique de Valéry Giscard d’Estaing. « Son idée était que le revenu universel pouvait aider à éradiquer la pauvreté tout en aidant le marché puisque l’argent ainsi versé allait permettre de consommer », explique Daniel Zamora Vargas, sociologue à l’Université libre de Bruxelles qui a travaillé sur le revenu universel de base.

Mais aux États-Unis, ce n’est pas cette droite sociale cherchant à marier lutte contre la pauvreté et efficacité du capitalisme qui va se saisir à bras-le-corps du revenu universel de base. C’est une « vision libertarienne » de ce concept qui va prendre forme outre-Atlantique, souligne Daniel Zamora Vargas.

Un revenu universel « libertarien »

Le politologue libertarien de droite Charles Murray a ainsi soutenu, dans les années 1990, que l’État dépensier ferait mieux de transférer directement l’argent aux individus plutôt que de financer des services publics. C’est une manière de réduire le poids de l’État en « le tenant à l’écart de la gestion de secteurs comme la santé ou l’éducation, en partant du principe que le secteur privé s’en sortirait bien mieux », précise Daniel Zamora Vargas.

Mark Zuckerberg ne disait pas autre chose en 2017 lorsqu’il appelait de ses vœux un revenu universel de base « pour réduire le rôle de l’État ».

Et avec l’arrivée de ChatGPT & Co., ces patrons libertariens et trumpistes ont découvert une nouvelle justification au revenu universel face à une IA présentée comme la grande faucheuse d’emplois.

Ils semblent mus par le principe du « mieux vaut prévenir que guérir ». « La promotion du revenu universel permet à ces patrons de la Tech d’anticiper les critiques des laissés-pour-compte de l’IA en affirmant que leurs innovations vont créer suffisamment de richesse pour garantir un revenu de base suffisant », explique Andrew White.

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Prêcher pour le revenu universel de base représente aussi une manière de survendre à dessein l’impact de l’IA, estiment les experts interrogés par France 24. Ces gourous de l’IA proposent une solution radicale pour un bouleversement radical, « alors même qu’on attend encore de voir à quel point cette technologie va détruire de l’emploi », souligne Daniel Zamora Vargas.

Mais pour attirer les investisseurs, il vaut mieux présenter les bouleversements à venir comme sans précédent. C’est d’autant plus « vendeur » si on possède en parallèle une solution comme le revenu universel en poche. Pas étonnant, à cet égard, qu’Elon Musk évoque un « revenu élevé » plutôt qu’un petit complément de ressources. Là encore, c’est une manière de souligner l’importance du mouvement initié par l’avènement de l’ère de l’IA.

Justifier les inégalités croissantes

Le revenu universel, tel que défendu par ces grands patrons, constitue également une manière de « justifier des inégalités de richesse toujours plus importantes », estime pour sa part Jean-Christophe Bélisle-Pipon, spécialiste des questions d’éthique et de technologie à l’université Simon Fraser au Canada, dans un article publié en février 2025.

Il soutient que derrière la promotion du revenu universel, il y a l’idée à première vue séduisante d’une population pouvant profiter davantage de la vie pendant que l’IA produit les richesses du pays. Elon Musk assure ainsi que les individus « pourront dépenser davantage en loisirs ».

Mais cela justifie, d’après Jean-Christophe Bélisle-Pipon, la stratification sociale avec une élite technologique qui détient l’outil de production – les IA – pendant que la population en profite passivement.

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Aux avant-postes

Aux avant-postes © FRANCE 24

Pour les experts interrogés par France 24, le revenu universel peut en effet être une arme entre les mains de ces géants de l’IA. « Il peut maintenir une certaine main-d’œuvre dans la précarité en fournissant à tous les employés de l’économie de plateforme – Uber, Airbnb, etc. – un complément leur permettant de rester à flot sans sortir de leur condition », explique Daniel Zamora Vargas.

En promettant ainsi un avenir moins sombre à ceux qui risquent de perdre leur travail à cause de l’IA, ces géants de la Tech se lavent aussi les mains des conséquences de leurs innovations. Car c’est en effet à l’État de payer ce revenu universel.

En théorie, cette redistribution « passe par une hausse de l’impôt sur le revenu pour donner de l’argent à ceux qui ne sont pas imposables, dont les moins riches », explique Andrew White. Mais si l’IA détruit des emplois à la pelle, il y aura moins de revenus à imposer et « la seule manière de financer un tel plan de revenu universel passerait par une hausse des impôts sur les sociétés. Sauf qu’on sait que ces grandes multinationales sont très fortes pour réduire les impôts dont elles doivent s’acquitter », note Andrew White.

« Ces grands groupes ne disent évidemment pas comment résoudre cette équation du financement », estime cet expert. Ces géants de la Tech espèrent-ils que l’État soit ainsi acculé jusqu’à devoir couper massivement dans les dépenses sociales pour financer ce revenu universel ?


Source:

www.france24.com

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