Le site étudié, la mine de Lingbei, s’étend au sein des collines d’argile rouge du sud de la Chine, dans un écosystème tropical d’une grande biodiversité. L’extraction y a démarré dans les années 1990, quand Pékin a décidé de mettre le paquet sur les terres rares, à une époque où leurs usages étaient encore peu développés. L’étude s’arrête plus de trente ans plus tard. Elle révèle des dégâts qui mettront beaucoup de temps à être réparés.
Les chercheurs ont utilisé l’imagerie satellitaire et la télédétection pour couvrir une zone de 100 km² englobant le site minier et les zones riveraines. Au cours des trente années d’extraction, ils ont ainsi documenté l’avancée de cette mine à ciel ouvert. Ils ont croisé ces observations satellitaires aux constats effectués au sol grâce à 17 indicateurs écologiques. Ils ont pu ainsi déterminer que la pollution des eaux et de l’air dépassait largement le seul site d’extraction. Les principales atteintes aux milieux naturels provenaient des lixiviations (passage de l’eau dans le sol qui se charge ainsi de polluants) des lacs de retenue des eaux de traitement du minerai ainsi que de l’érosion éolienne et hydrique des terrils de déchets miniers.
Des rejets très importants de poussières et de polluants dans l’air et dans les eaux
À partir de 2012, les gestionnaires du site ont entamé des travaux de réhabilitation, observés avec précision par les écologues. Les replantations d’espèces végétales, les réhabilitations d’habitats ont donné des résultats très mitigés. Les chercheurs en concluent qu’un retour à un état le plus proche possible de l’état écologique antérieur, mettra plusieurs décennies. La pollution profonde des sols en est la principale raison. Toute activité minière est polluante. Celle des terres rares ne fait pas exception.
Selon l’expertise collective menée par le CNRS et publiée en 2025, elle n’est pas la pire. Si les impacts sont bien plus élevés que ceux induits par les métaux les plus utilisés (fer, aluminium, cuivre, nickel, zinc), ils sont cependant moindres que ceux provoqués par les métaux précieux comme l’or, le palladium, le platine, le rhodium ou encore l’argent. Les principaux dégâts sont provoqués par les nombreux produits chimiques nécessaires pour séparer les différents éléments des terres rares. Une opération qui, en Chine en général, et à Lingbei en particulier, se fait in situ par projection des substances directement sur la roche.
Les caractéristiques de l’exploitation de Lingbei ne sont pas connues, l’étude ne s’intéressant qu’aux effets constatés sur l’environnement. Mais le CNRS donne l’exemple de la mine de Bayan Obo, en Mongolie-Intérieure, où une seule étape de traitement de 50 tonnes de minerai pour obtenir une tonne de terres rares nécessite 4,41 tonnes d’acide sulfurique, 12,32 t de chlorure de sodium, 1,64 t d’hydroxyde de sodium, 1,17 t d’acide chlorhydrique et 190 t d’eau. Ces valeurs ne s’appliquent qu’à ce site, car chaque composition géologique possède des teneurs différentes des 17 terres rares, obligeant à adapter à chaque fois les traitements nécessaires.
L’extraction minière provoque donc des rejets très importants de poussières et de polluants dans l’air et dans les eaux avec des niveaux d’éléments de terres rares 200 fois supérieurs à la normale, selon une étude chinoise de 2021. Ces résidus s’accumulent sur les sols et, surtout, sur les végétaux, dont ceux consommés par les humains.
Il est très difficile de connaître le risque encouru, les éléments étant plus ou moins toxiques pour les organismes. Selon l’expertise du CNRS, ces éléments peuvent provoquer des dommages cellulaires, du stress oxydatif et divers troubles pulmonaires et rénaux. À ce jour, les travaux menés sur l’état de santé des populations riveraines sont quasi inexistants.
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Une course à l’exploitation dans toutes les régions du monde
S’ajoute par ailleurs un risque radioactif. Les éléments comme l’uranium et le thorium sont chimiquement associés aux terres rares. « Les processus d’extraction des terres rares peuvent produire, selon la nature du gisement, jusqu’à environ 1,4 tonne de déchets radioactifs pour une tonne d’oxyde de terres rares « , affirme le CNRS.
La Chine s’est peu souciée, jusque très récemment, des effets environnementaux de l’extraction minière. On a pu ainsi mesurer les effets du « laisser faire » et en conclure que des précautions devaient être prises tant pour la nature que pour la santé des humains. Mais aujourd’hui, le rôle des terres rares dans les technologies est tel, et la prééminence de la Chine sur le secteur pèse si lourd, que chaque région du monde pousse pour exploiter ses propres gisements.
« En Europe, on se retrouve ainsi avec un droit très contradictoire qui est censé s’articuler, expose Pascale Ricard, coordinatrice de l’expertise du CNRS. D’un côté, l’Union européenne encourage l’exploitation des matières critiques pour être indépendant et, de l’autre, les règlements environnementaux imposent la protection de l’environnement et de la santé humaine. «
Les prochains sites de terres rares (le premier en Europe est en développement à Kiruna, en Suède) devront donc déployer toutes les techniques disponibles pour éviter et réduire les émissions dans l’air et dans l’eau de matériaux qu’impose le traitement de milliers de tonnes de roches pour extraire moins de 1 % d’éléments utilisables. Une gageure.
Source:
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