Dans une interview à la Gazzetta dello sport, Javier Tebas, président de la Ligue de football espagnol, s’est emporté contre Gianni Infantino, président de la FIFA, en l’accusant d’agir pour ses propres intérêts au détriment de ceux du football.
Vent de fronde contre Gianni Infantino. Deux jours après la clôture de la Coupe du monde, le président de la FIFA subit les critiques de plusieurs acteurs du football après les nombreuses polémiques (pause fraîcheur, intervention des Etats-Unis pour annuler un carton rouge, arbitre somalien refoulé du territoire…) l’impliquant directement. « La plus longue des Coupes du monde a pris fin, avec les champions qui le méritaient », a notamment écrit Sepp Blatter, ancien président de la FIFA, suspendu de toute activité en 2015 pour une affaire de corruption. « Toutefois, avant même le coup de sifflet final, le tournoi avait perdu sa crédibilité. Il ne faut pas laisser la politique éclipser le jeu. Il appartient désormais aux supporters, aux joueurs et aux fédérations nationales de se réapproprier le football et de le ramener à ses racines sous une nouvelle direction. »
« Une institution qui fait et décide ce qu’elle veut, quand elle veut, en ne suivant que ses propres intérêts »
Dans une interview à la Gazzetta dello Sport, Javier Tebas, président de la Ligue de football espagnol, s’est montré encore plus vireulent contre Infantino et la FIFA en déplorant les nombreuses dérives de sa présidence. « La FIFA organise les choses comme bon lui semble, pour ses propres intérêts, et certainement pas pour le bien du football », a-t-il lancé. « Si elle a besoin d’une pause de 27 minutes à la mi-temps, elle l’impose. Les pauses fraîcheur sont un mensonge. Nous en avons en Liga, mais seulement lorsqu’il fait vraiment chaud. Ici, les stades de Dallas, Los Angeles et Atlanta étaient climatisés ; j’ai même dû mettre un pull en tribunes. C’était un mensonge, c’est une pause pour la publicité. Et puis, il y a eu le cas Balogun. »
« C’est la preuve que nous sommes régis par une institution qui fait et décide ce qu’elle veut, quand elle veut, en ne suivant que ses propres intérêts, sans prendre en compte — je ne parle même pas de consulter, attention — le reste du monde du football. Et bien souvent, elle agit au détriment de ce même football », poursuit-il.
Selon Tebas, le système est trop gangrené pour espérer un changement de président. « C’est difficile, car le système compte des complices actifs qui collaborent à ce genre de décisions, et des complices passifs qui gardent le silence, ne s’expriment pas et ne font rien pour empêcher que certaines choses ne se reproduisent », déplore-t-il. « Ils critiquent le système autour d’un café ou lors de conversations privées au téléphone, mais ne font rien pour y mettre un terme. La suspension de la sanction infligée au joueur américain était une affaire gravissime. Ils ont eu de la chance que la Belgique élimine les États-Unis (4-1), car sinon, on aurait pu se retrouver face à une situation susceptible de coûter son poste à Infantino. Comme la Belgique a gagné, ils ont réussi à étouffer l’affaire. Mais ce ne sont là que la partie émergée de l’iceberg. »
« Son temps est révolu »
Il déplore encore la possibilité – de plus en plus sérieuse – de voir la Coupe du monde s’élargir à 64 nations. « Augmenter le nombre d’équipes nationales n’a aucun sens », met-il en garde. « L’industrie du football ne se résume pas à la Coupe du monde, même si c’est l’événement le plus important. Mais tout ne peut pas tourner autour de la Coupe du monde. Ce sont les compétitions nationales qui font vivre ce sport. Ils sont en train de détruire l’industrie du football — qui génère des dizaines de milliers d’emplois — pour un événement qui dure 40 jours et ne concerne qu’une minorité de joueurs. »
Pour Tebas, Infantino doit partir mais ses soutiens sont trop puissants pour que cela se produise. « À mon avis, oui, je pense que son temps est révolu », conclut-il. « Cela dit, il bénéficie du soutien du système, des fédérations, il n’y a donc pas grand-chose à ajouter, n’est-ce pas? Il n’y a pas de candidat d’opposition: personne ne veut se présenter juste pour perdre. C’est le système, et c’est un système pourri jusqu’à la moelle. Il ne devrait pas rester, mais la situation actuelle fait qu’il ne partira pas. Ces derniers jours, ici en Amérique, j’ai entendu beaucoup de gens s’opposer à Infantino et désapprouver ce qu’il fait. Ils le disent, mais ils n’agissent pas. Je ne sais pas ce qui est pire: le silence ou la complicité, car ceux qui se taisent sont parfaitement conscients des dégâts que subit le football. »
Source:
rmcsport.bfmtv.com






