À l’image du film Radin, de Dany Boon, on peut accumuler plusieurs centaines de milliers d’euros sur son compte courant ou ses livrets d’épargne… sans jamais se sentir rassuré. En effet, avec un demi-million de côté par exemple, votre complément de retraite est financé, votre prêt immobilier certainement remboursé, on peut même dire que votre épargne de précaution déborde. Et pourtant, dès que la presse titre sur une baisse de la bourse ou du cours de l’or, ou encore un retour de l’inflation, l’inquiétude revient. Vous vérifiez vos comptes plusieurs fois par semaine ou par jour, vous vous dites que ce n’est pas encore assez…
Si ce portrait vous ressemble, vous n’êtes pas seul, et le fond du problème n’est probablement pas financier. Boris Charpentier, psychologue et coach, voit les choses ainsi : « On peut manquer d’argent sans être anxieux, et on peut être riche sans jamais se sentir en sécurité. La différence réside davantage dans le cerveau que dans le compte bancaire. » Les travaux d’Angus Deaton et Daniel Kahneman, deux lauréats du prix Nobel d’économie, établissaient dès 2010 qu’au-delà d’un certain niveau de revenus (4 900 euros mensuels à l’époque), l’argent supplémentaire n’améliore quasiment plus le bien-être au quotidien. « L’argent améliore objectivement la sécurité financière. Mais il ne garantit pas le sentiment de sécurité », assure notre psychologue.
L’anxiété ne cherche pas une sécurité raisonnable
Pourquoi 500 000 euros ne suffisent-ils pas à rassurer certaines personnes, alors que cette somme les place objectivement dans la tranche des 20 % les plus riches en patrimoine en France ? « Le cerveau ne mesure pas le risque de manière objective : il mesure l’incertitude. Pour une personne anxieuse, 500 000 euros ne répondent pas à la question fondamentale : « et si quelque chose tournait vraiment mal ? » L’anxiété ne cherche pas une sécurité raisonnable, elle cherche une sécurité absolue ; or, celle-ci n’existe pas », répond Boris Charpentier. Ainsi, chaque nouveau palier financier apporte un soulagement temporaire… mais le cerveau s’y habitue rapidement et déplace le seuil de sécurité plus loin.
Certaines réponses peuvent se trouver dans l’enfance. La plupart de nos croyances implicites sur l’argent sont construites très tôt à partir de l’environnement familial : « On peut tout perdre du jour au lendemain », « il faut toujours prévoir le pire » ou encore « la bourse, c’est risqué ». Un adulte peut ainsi disposer d’un patrimoine confortable tout en continuant à réagir émotionnellement comme l’enfant qui a connu la peur du manque.
Plusieurs biais ne nous aident pas à relativiser ces croyances : l’adaptation hédonique, par exemple, transforme rapidement ce qui était exceptionnel en ordinaire, car l’humain s’habitue à tout. Nous avons aussi l’aversion à la perte, décrite par l’économie comportementale, qui montre que perdre une somme provoque une souffrance psychologique beaucoup plus intense que le plaisir procuré par un gain équivalent. Boris Charpentier cite également le biais de comparaison sociale (« je possède beaucoup, mais moins que mon voisin ») et le biais de disponibilité, qui pousse à surestimer les crises dont on entend parler en boucle dans les médias.
La solution n’est pas sur son compte en banque
Pour se libérer de cette anxiété, Boris Charpentier pose la question : « Cherchez-vous à être en sécurité, ou cherchez-vous à ne plus jamais ressentir d’inquiétude ? Ces deux objectifs sont radicalement différents. Le premier est réaliste, le second est impossible. » Continuer à accumuler de l’épargne quand l’anxiété vient d’ailleurs, c’est traiter le mauvais problème. « Certaines personnes n’ont pas un déficit d’argent. Elles ont un déficit de sentiment de sécurité. Et aucun patrimoine ne peut combler ce manque-là. »
Source:
www.capital.fr






