Les escroqueries financières prennent une ampleur inédite. En 2025, 16 934 demandes ont été adressées à la plateforme Épargne Info Service de l’Autorité des marchés financiers (AMF), en progression de 27 % sur un an et de 43 % depuis 2023. Les particuliers sont de loin les premières victimes puisqu’ils représentent 93 % des signalements. Une hausse qui s’explique notamment par une meilleure connaissance de ce service d’information, mais aussi par la multiplication des offres frauduleuses circulant sur Internet et les réseaux sociaux.
Pour France Mayer, directrice des relations avec les épargnants et de leur protection à l’AMF, le constat est sans appel. « Cette hausse des demandes peut s’expliquer notamment par une meilleure connaissance des épargnants de la plateforme Épargne Info Service. 67 % de ces demandes portent sur des offres non régulées. » Face à des escrocs qui utilisent désormais l’intelligence artificielle, usurpent l’identité d’acteurs reconnus et ciblent des victimes déjà fragilisées, l’AMF appelle les particuliers à redoubler de vigilance.
Arnaques aux crypto-actifs : comment fonctionnent ces faux placements ?
Les escroqueries aux crypto-actifs restent l’un des principaux fléaux observés par l’AMF. Elles prennent le plus souvent la forme de fausses plateformes de trading qui donnent l’illusion d’investissements rentables. « Les faux investissements en crypto-actifs passent généralement par de fausses plateformes de trading qui simulent l’ouverture d’un compte en ligne puis de prétendues transactions qui ne se réalisent sur aucun marché. L’argent va directement dans la poche de l’escroc », explique France Mayer.
Autre scénario fréquent : la victime télécharge un robot de trading présenté comme capable de générer automatiquement des gains. Une fois connecté à un véritable compte d’investissement, ce logiciel permet en réalité aux fraudeurs de détourner les fonds vers leurs propres comptes. « En général, la victime ne se rend compte de l’arnaque que lorsqu’elle souhaite faire un retrait », précise la responsable de l’AMF
Usurpation d’identité : pourquoi les faux conseillers financiers sont si convaincants
Les fraudeurs n’hésitent plus à se faire passer pour des conseillers en investissements financiers, des sociétés de gestion ou des établissements agréés afin d’inspirer confiance. « L’usurpation d’identité est plus un moyen d’opérer des escrocs quel que soit le type d’investissement proposé derrière. Cela leur permet de crédibiliser leur offre et de rassurer l’investisseur qui pense confier son argent à un acteur autorisé », souligne France Mayer.
L’intelligence artificielle renforce encore cette crédibilité. « Les escrocs ont de plus en plus recours à l’IA générative pour créer des sites plus vrais que nature. Les petits détails, comme les fautes d’orthographe ou les mauvaises traductions, sont désormais beaucoup plus rares », observe-t-elle. Les réseaux sociaux constituent également un terrain de jeu privilégié. Les fraudeurs diffusent de faux articles imitant ceux de grands médias et prétendent révéler le secret de la fortune d’une personnalité grâce à un prétendu robot de trading.
Faux remboursements de pertes : l’arnaque qui cible les victimes d’escroquerie
Après une première fraude, certains escrocs reviennent à la charge avec ce que l’AMF appelle l’arnaque au carré. Ils contactent les victimes en se présentant comme une administration publique, un avocat ou même un collaborateur de l’AMF, et promettent de récupérer les sommes perdues en échange de frais de dossier. « L’AMF précise sur son site ne pas contacter de sa propre initiative les épargnants par téléphone ou messagerie privée et ne pas mener de campagne téléphonique de sensibilisation aux arnaques », rappelle France Mayer.
Comment reconnaître une arnaque financière avant qu’il ne soit trop tard ?
Pour l’AMF, plusieurs signaux d’alerte doivent immédiatement éveiller les soupçons :
une urgence à investir ou des relances insistantes ;des promesses de rendements très élevés sans risque ;l’absence de mentions légales ou d’adresse fiable ;un numéro de téléphone situé dans un autre pays que celui indiqué sur le site ;un site Internet créé récemment alors que la société revendique plusieurs années d’existence.
« L’urgence à agir, les nombreuses relances, les promesses de gains trop belles pour être vraies » font partie des indices les plus fréquents, résume France Mayer.
Victime d’une arnaque financière : quelles démarches effectuer ?
Lorsqu’un particulier découvre qu’il a été victime d’une escroquerie, il ne doit pas attendre avant d’agir. La première démarche consiste à porter plainte, afin de permettre l’ouverture d’une enquête et de signaler officiellement les faits aux autorités. « Il faut porter plainte. Il s’agit d’une escroquerie qui relève du pénal », insiste France Mayer. En parallèle, il est recommandé de prévenir immédiatement sa banque afin de signaler l’opération frauduleuse et de vérifier si certaines transactions peuvent encore être bloquées.
Si les fonds ont déjà été transférés et que le paiement a été validé par le titulaire du compte, les possibilités de remboursement restent toutefois très limitées. « Si la transaction depuis son compte bancaire a été validée, les chances de récupérer l’argent sont quasiment nulles. Vous pouvez aussi contacter l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) autorité compétente pour les banques », prévient la directrice des relations avec les épargnants de l’AMF.
Depuis le 7 mai 2026, un nouvel outil est toutefois venu renforcer la lutte contre ces escroqueries : le Fichier national des comptes signalés pour risque de fraude (FNC-RF). Alimenté par les établissements bancaires, ce fichier permet d’identifier plus rapidement les comptes utilisés dans des opérations frauduleuses et de renforcer les dispositifs de prévention. Son objectif est de faciliter la détection des réseaux d’escrocs et de limiter la réutilisation de comptes déjà signalés, même s’il ne garantit pas le remboursement des victimes.
Les 3 conseils de l’AMF pour éviter une arnaque financière
Pour limiter les risques, France Mayer recommande d’adopter trois réflexes simples :
Ne jamais céder à l’urgence et vérifier que la société est bien autorisée à exercer en consultant les registres Orias, Regafi et les listes blanches de l’AMF.Se méfier des rendements exceptionnels : « Le placement miracle n’existe pas et il n’y a pas de rendement élevé sans risque élevé. »Ne jamais communiquer ses données personnelles, y compris lorsqu’elles ne sont pas bancaires.
L’AMF met également à disposition des particuliers un questionnaire en ligne sur AMF Protect Épargne afin d’évaluer s’ils sont potentiellement la cible d’une arnaque financière.
Source:
www.capital.fr






