Psychiatrisation et politique font rarement bon ménage. Nous sommes en 1964. Cette année-là, le président démocrate sortant Lyndon B. Johnson se lance dans la course à sa réélection contre un certain Barry Goldwater. On le dit belliqueux, excessif. Pour beaucoup, le sénateur républicain a tout d’un ovni politique. A commencer par le magazine Fact qui, dans un questionnaire adressé à des milliers de psychiatres, pose la question suivante : Goldwater est-il mentalement apte à être président ? La réponse – « non », placardée en une, suscite un tollé. Au point de pousser le politicien à poursuivre le titre en justice. Bilan : Barry Goldwater, grand perdant de la présidentielle, l’emporte en revanche devant la cour, tandis que l’American Psychiatric Association se dote d’une nouvelle règle – ne pas diagnostiquer publiquement une personnalité sans l’avoir examinée et sans son consentement.
Un demi-siècle plus tard, une affaire similaire embrase les Etats-Unis. L’objet de la controverse n’est plus un sénateur, mais le président Donald Trump qui, à la faveur de sa campagne contre l’Iran, s’est illustré par une succession de messages aussi grossiers qu’incohérents – au point d’annoncer la mort d’une « civilisation entière » avant de déclarer quelques heures plus tard une trêve de deux semaines. Autre différence : ses contempteurs ne sont pas seulement des psychiatres ou des opposants démocrates, mais aussi des républicains, parfois même d’anciens soutiens de la première heure pour lesquels le locataire du bureau Ovale aurait désormais sombré dans la folie. Surtout, ceux-ci portent une revendication concrète : celle de faire appel au vingt-cinquième amendement de la Constitution, qui prévoit le possible remplacement du président américain en cas d’incapacité à gouverner. De quoi charrier des retombées autrement plus lourdes de conséquences.
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