Pour le grand public amateur d’astronomie, le lancement d’un nouveau télescope spatial est toujours un moment privilégié. Mais pour les équipes qui sont en charge, c’est aussi un nouveau stress et un soulagement de voir des années, parfois des décennies de travail enfin s’envoler.
C’est le cas pour le télescope spatial Nancy-Grace-Roman. Un observatoire infrarouge développé par la Nasa qui doit décoller dès septembre prochain à bord d’une fusée Falcon Heavy.
Un projet prioritaire pour les scientifiques
Les objectifs scientifiques sont nombreux : détecter et étudier des exoplanètes, trouver des sources infrarouges dans la Voie lactée, ou encore observer l’Univers lointain à la recherche des mystères qui entourent l’énergie sombre.
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Mais le Roman, comme on le surnomme souvent, est aussi une longue histoire scientifique et technique faite de nombreuses incertitudes.
Tout commence au début des années 2000, alors que la Nasa travaille sur plusieurs projets distincts. Il y a notamment un spectromètre travaillant dans l’infrarouge nommé NIRS et un télescope spatial destiné à traquer l’énergie sombre, cette substance hypothétique qui correspondrait aux deux tiers de la densité énergétique de l’Univers.
En 2010, la Nasa fusionne tout cela sous un seul projet : Wide field infrared survey telescope, ou WFirst. Considéré comme prioritaire par la communauté scientifique, il est lié à d’autres sujets de recherche autour des exoplanètes et fait l’objet d’une série d’études de faisabilité.

Vue d’artiste de WFirst que la Nasa a baptisé Roman Space télescope en l’honneur de Nancy Grace Roman, première femme à occuper un poste de direction au sein de la Nasa. © Nasa
Surcoûts et menaces
Mais tout ne se passe pas comme prévu. Le miroir qui doit permettre une observation optimale dans l’infrarouge est beaucoup trop cher à construire. La Nasa choisit de concevoir un coronographe pour compenser ce manque et permettre d’obtenir des données de qualité sur les exoplanètes. Mais lui aussi s’avère plus complexe que prévu.
En parallèle, le développement du télescope spatial James-Webb, beaucoup plus avancé, souffre aussi de nombreux surcoûts, ce qui rend la Nasa plus frileuse pour ce qui est de WFirst.
En 2017, un rapport commandé par la Nasa reconnaît l’importance scientifique du projet, mais demande de réduire la complexité et les coûts, pour les maintenir à 3,2 milliards de dollars.

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Les choses ne s’arrangent pas pendant le premier mandat de Donald Trump, qui demande à de multiples reprises d’annuler ce projet qu’il n’aime pas et qui coûte trop cher. Le développement se poursuit dans la crainte, en poursuivant une limite des coûts pour rester dans les limites fixées auparavant sans risquer que le président n’envoie tout aux oubliettes.
Incertain jusqu’à la fin
Jusqu’en 2025, le télescope reste sur la sellette. Trump n’en démord pas pendant son second mandat et veut annuler ce projet trop coûteux et inutile à ses yeux. La Maison Blanche dépose même une demande de réduction du budget de la Nasa qui mettrait un terme à la mission.

L’intégration du Nancy-Grace-Roman au centre spatial Goddard. © Nasa
Mais ce projet est finalement refusé par le Congrès et les équipes du Roman peuvent respirer. En plus, le télescope est presque fini, et quelques mois plus tard, on apprend sa date de décollage : septembre 2026.
Contrairement au James-Webb qui se focalise sur l’infrarouge, le Roman se rapproche plus d’Hubble avec une longueur d’onde consacrée à la lumière visible et au proche infrarouge.
Ce nouveau télescope sera incapable de voir aussi loin et aussi précisément que le James-Webb, mais il pourra observer de grandes portions du ciel en une seule fois, ce qui devrait multiplier le nombre de découvertes grâce à son travail.
Source:
www.futura-sciences.com




