Près de 80 auteurs travaillant pour les livres jeunesse de Grasset appellent, dans une tribune, mardi 21 avril, au respect de « la liberté de création » et à la création d’une « clause de conscience » dans l’édition après le licenciement du PDG de la maison d’édition, Olivier Nora. « L’ADN d’une maison d’édition dépend des gens qui y vivent et la font vivre », affirment les 76 auteurs signataires de la tribune envoyée à l’Agence France-Presse (AFP).
« Aujourd’hui, nous espérons que cette maison qui nous a accueillis saura nous traiter avec le même respect » que depuis la création de la collection jeunesse, il y a cinquante-trois ans, ajoutent-ils. « Et nous souhaitons rappeler que (…) la liberté de création est indispensable aux bons livres. » Le département jeunesse de Grasset, qui se présente comme « une petite maison dans la maison », publie une douzaine de livres par an.
Les signataires de cette tribune, qui ont reçu le soutien de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, déclarent aussi « se joindre au débat sur le droit à une clause de conscience qui [leur] laisserait le choix de rester ou de déménager ».
Ouvrir le débat au Parlement
Ce débat a été ouvert par plus de 300 auteurs et acteurs du monde de l’édition, emmenés par Leïla Slimani, Virginie Despentes et Emmanuel Carrère, qui réclament la création d’une clause de conscience dans l’édition comme elle existe dans les médias. Par ailleurs, plus de 170 écrivains ont affirmé leur refus de publier de nouveaux livres chez Grasset après le départ d’Olivier Nora, imputé par de nombreux auteurs à Vincent Bolloré, l’homme d’affaires conservateur qui contrôle Hachette, numéro un français du secteur et maison mère de Grasset.
Deux parlementaires, la sénatrice Sylvie Robert (Parti socialiste) et le député Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), président de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, ont fait part de leur intention d’ouvrir le débat au Parlement. Le président Emmanuel Macron a appelé à « réfléchir » à cette proposition, sans toutefois trancher.
« L’affaire Grasset devrait être l’occasion d’élargir la question de la clause de conscience à toutes les professions, au-delà des médecins [qui peuvent refuser certains actes] ou des journalistes », écrit le philosophe et romancier Gaspard Koenig mardi dans Les Echos. Elle « devra être limitée dans le temps, conditionnée à un véritable changement de ligne politique et ouvrir des droits suffisants pour permettre à chacun de faire un choix réellement libre ».
Source:
www.lemonde.fr




