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« Adrien Borel », de Mathilde Girard : le portrait romancé du psychanalyste, dans l’entre-deux-guerres, de Georges Bataille et de Michel Leiris…

« Adrien Borel », de Mathilde Girard, Gallimard, « Aventures », 108 p., 16 €, numérique 12 €.

Adrien Borel est un court récit qui peut se lire d’une traite, procurant un sentiment d’intensité semblable à celui que l’on peut éprouver devant des films découverts dans les salles obscures. Mêlant faits historiques et éléments de fiction, le livre de Mathilde Girard, qui est aussi cinéaste et psychanalyste, s’inscrit dans la lignée des « exofictions » de Jean Echenoz (Ravel et Courir, Minuit, 2006 et 2008), de certains récits de vie de Pierre Michon (Rimbaud le fils, Gallimard, 1991), ou encore du livre d’Etienne Kern consacré à Emile Coué (La Vie meilleure, Gallimard, 2024).

Comme l’inventeur de la célèbre méthode d’autosuggestion, le personnage réel choisi par Mathilde Girard est en partie tombé dans les oubliettes de l’histoire. Adrien Borel (1886-1966) fut pourtant l’un des premiers praticiens de la psychanalyse en France. Cofondateur de la Société psychanalytique de Paris, en 1926, il fut notamment le thérapeute de Georges Bataille (1897-1962), de Michel Leiris (1901-1990) ou de Colette Peignot (1903-1938). Il publia aussi plusieurs ouvrages, dont Les Rêveurs éveillés (Gallimard, 1925), à la recherche d’une jonction entre le monde de Freud et celui de la littérature. Ajoutons que ce psychanalyste interpréta au cinéma le rôle d’un prêtre dans Le Journal d’un curé de campagne, de Robert Bresson (1951), adapté du roman de Georges Bernanos.

On comprend dès lors combien l’existence d’Adrien Borel offre à une romancière un vivier d’histoires presque inépuisable. Reste à savoir comment les saisir. Mathilde Girard procède par des petites touches allusives, et construit son récit à partir de la correspondance du psychiatre avec ses patients et de ses notes personnelles. « C’est un homme comme les autres en apparence. On le voit peu vivre. Il mange et il dort cependant. On lui connaît des amis. Des gens entrent chez lui les uns après les autres, toutes les heures. » Parmi eux, il y a Georges Bataille, qui ne dort plus et s’épuise dans l’alcool. Pour lui faire approfondir « l’expérience des gouffres », Borel lui montre une série d’images d’un supplicié chinois qui fut découpé vivant, en 100 morceaux. On raconte que c’est grâce aux séances de Borel que l’écrivain parviendra à écrire sa sulfureuse Histoire de l’œil, publiée clandestinement en 1928.

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Source:

www.lemonde.fr

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