Projet d’Edward Saatchi : le producteur britannique entend employer l’intelligence artificielle pour tenter de reconstituer la séquence finale perdue du film Orson Welles, « La Splendeur des Ambersons ». L’initiative vise à restituer une version approchée de la conclusion que la production aurait remaniée avant la sortie, en s’appuyant sur les éléments survivants du tournage et des documents d’archives.
La controverse autour du film tient à son histoire de montage : la version exploitée publiquement diffère de la coupe initiale attribuée au réalisateur et certaines scènes originales sont disparues ou altérées. Ce constat a nourri, depuis des décennies, les débats sur l’intégrité des œuvres cinématographiques et la manière de préserver les intentions artistiques lorsque des éléments manquent ou ont été modifiés.
Le recours à des outils d’apprentissage automatique et de synthèse d’image et de son permet aujourd’hui d’explorer des restitutions qui auraient été techniquement impossibles auparavant. Le projet proposé prévoit d’exploiter les rushes existants, des scénarios, des photographies de plateau et tout document pertinent pour entraîner des modèles capables de générer des séquences cohérentes avec le matériau d’origine. Ce type d’approche soulève toutefois des interrogations sur la nature même de la reconstitution et sur les critères qui définissent une « restitution fidèle » lorsqu’il s’agit d’une œuvre incomplète.
La perspective de redonner forme à une fin perdue pose aussi des enjeux juridiques et éthiques : droits d’auteur, autorisations des ayants droit et transparence sur les procédés techniques sont autant d’éléments qui devront être clarifiés avant toute diffusion. Le projet devrait relancer la réflexion sur les pratiques de restauration et l’usage de l’IA dans le patrimoine cinématographique, en confrontant la volonté de restituer des œuvres à la nécessité de respecter leur histoire et leur identité artistique.






