Penser la guerre en dehors des communautés qui la vivent revient, selon des politistes, à négliger l’essentiel. Dans une tribune publiée dans Le Monde, Adam Baczko et Gilles Dorronsoro mettent en garde contre une lecture des conflits qui réduit l’action politique à la seule capacité militaire. Les auteurs estiment que la brutalité des affrontements entre États pousse les acteurs à juger le pouvoir par la force, au détriment d’analyses plus larges sur les sociétés engagées dans la lutte.
Leur critique met en lumière un glissement conceptuel : la mesure du succès politique devient l’aptitude à imposer sa supériorité armée, quand la compréhension des motifs, des mobilisations et des légitimités sociales est reléguée. Cette observation renvoie directement aux pratiques de décision publique et aux doctrines stratégiques, qui privilégient souvent des réponses matérielles à des problèmes dont les racines sont sociales et politiques. Le propos engage une réflexion sur la manière dont on conçoit la guerre et la place de la violence organisée dans les rapports internationaux.
Les conséquences sont multiples : politiques de sécurité axées sur l’armement, réponses humanitaires conçues hors contexte, et difficultés accrues pour la stabilisation et la reconstruction lorsque les dynamiques locales sont mal cernées. Les auteurs appellent à intégrer l’étude des représentations, des réseaux sociaux, des économies de guerre et des récits identitaires dans l’analyse des conflits. Une telle approche permettrait de mieux saisir pourquoi des sociétés s’engagent dans la violence et comment répondre sans renforcer les logiques d’escalade.
Le message adressé aux chercheurs et décideurs est clair : il ne suffit pas de mesurer la puissance militaire pour comprendre les enjeux politiques contemporains. Favoriser des approches interdisciplinaires et donner une place centrale à l’étude des sociétés impliquées dans les hostilités sont présentés comme des conditions nécessaires pour élaborer des politiques plus adaptées et réduire les risques d’erreur stratégique. Le débat public et académique autour de ces propositions pourrait influer sur les stratégies de prévention, de négociation et de sortie de crise.






