Dans son atelier de Genté, en Charente, André Degorças, surnommé « Loulou » et âgé de 84 ans, façonne des pièces en béton qui surprennent par leur allocation de sujets : animaux stylisés, bas‑reliefs représentant des personnalités politiques, princesses monégasques ou vedettes de la chanson. Cette pratique est présentée dans le cadre d’une série consacrée à l’art brut en France, qui s’attache aux créateurs autodidactes et aux formes architecturales populaires hors du circuit institutionnel.
Maçon de formation, Degorças assemble et sculpte le béton comme on bâtit un mur, en combinant techniques de maçonnerie et gestes sculpturaux. Les pièces qui sortent de son atelier ne visent pas au réalisme académique : elles résultent d’un travail de mémoire et d’imagerie populaire, où l’iconographie des célébrités côtoie des motifs animaliers et des compositions décoratives. Le matériau, brut et durable, confère à ces œuvres une dimension quasi monumentale malgré leur format souvent modeste.
Inscrire une figure publique sur un pan de mur ou en bas‑relief relève d’une démarche de commémoration informelle ; chez Degorças, elle mêle hommage, fascination et récupération d’images issues des médias. Cette pratique renoue avec une veine de créateurs populaires — parmi lesquels le facteur Cheval est devenu un emblème — qui transforment l’espace privé en lieu de mémoire visible. Le « P’tit Musée » ainsi constitué témoigne d’une lecture vernaculaire de la culture populaire et interroge la frontière entre art privé et paysage collectif.
Sans prétention muséale, l’atelier de Genté illustre la vitalité d’une création hors normes qui s’appuie sur des savoir‑faire manuels et une imaginaire partagé. La présentation de ces pièces dans le cadre de la série sur l’art brut met en lumière des modes de production souvent invisibles des circuits officiels, et rappelle que la fabrication d’images et de monuments populaires continue d’alimenter la mémoire locale et la diversité des expressions artistiques en France.






