On imagine souvent que la solitude à la
retraite frappe surtout celles et ceux qui n’ont jamais eu
beaucoup d’amis. Pourtant, plusieurs travaux sur la santé mentale
des seniors montrent que les profils les plus exposés sont parfois
les plus entourés en apparence. Pendant des années, ces piliers ont
été disponibles pour tout le monde. Le jour où les appels se
raréfient, la maison peut soudain sembler très vide.
Solitude à la retraite : quand l’ami de tous
se retrouve seul
Dans beaucoup de familles, il y a eu ce grand-père ou cette
tante que l’on appelait au moindre problème. On savait qu’ils
trouveraient une solution, qu’ils passeraient, qu’ils écouteraient.
« Heureusement qu’il est là », répétait par exemple sa
famille, selon un récit publié par Sain-et-Naturel. Tout le monde
connaissait leurs services, mais presque personne ne savait ce qui
les rendait vraiment heureux.
Les chercheurs distinguent l’isolement social, qui se mesure en
nombre de contacts, et la solitude, qui reste un ressenti
subjectif, comme l’a rappelé le service de la Commission
européenne. Pour Tyler VanderWeele, épidémiologiste à Harvard, on
peut passer ses journées entouré sans se sentir compris. En France,
900 000 personnes de plus de 60 ans vivent en isolement social
selon Les Petits Frères des Pauvres, et la Fondation de France
estime que 28 % des Français peinent à se faire des amis. Cocher
toutes les cases sociales n’empêche donc pas la solitude à la
retraite.
Auto-silence et perte de rôle :
pourquoi les piliers sont si vulnérables
La psychologue Dana Jack parle d’un mécanisme
d’ »auto-silence » : des personnes qui font passer les
besoins des autres avant les leurs, taisent leurs opinions et
mesurent leur valeur au bien-être de leur entourage. Des recherches
ont montré un lien entre cette manière d’exister et des niveaux
plus élevés de dépression. Quand arrive la retraite, ces profils,
habitués à tout donner et à ne rien demander, se retrouvent avec
des relations souvent à sens unique.
Pour limiter ce risque, certaines personnes se construisent une
part de vie qui n’est pas définie par l’utilité. Elles choisissent
une activité qui n’a de fonction que pour elles, apprennent à
accepter qu’on les aide et regardent quelles relations demeurent
quand elles n’ont plus grand-chose à offrir. Cette attention à soi
ne retire rien à la générosité, elle lui donne un socle plus
solide.
Source:
www.grazia.fr






