Face à l’extrême droite, la députée Clémence Guetté a publié un essai paru fin août qui appelle à reconnaître l’amitié comme un cadre de droits sociaux. Dans ce texte, elle explore des pistes concrètes touchant à l’héritage, au logement et aux congés, et défend l’idée que les liens choisis devraient être protégés par la loi au même titre que certains liens familiaux. L’initiative s’inscrit dans la stratégie de La France insoumise en vue de la prochaine présidentielle 2027, en cherchant à élargir le récit politique face aux propositions du camp d’extrême droite.
Le projet soulève des questions sur la manière dont la politique sociale peut inclure des formes de solidarité non familiales. Reconnaître l’amitié dans le droit impliquerait de repenser des dispositifs existants — accès au logement, droits successoraux, protection sociale en cas de dépendance — pour y intégrer des catégories relationnelles fondées sur le choix plutôt que sur le lien de parenté. Cette approche vise à répondre aux transformations des modes de vie contemporains et aux attentes d’une partie de l’électorat en quête de nouvelles protections collectives.
Sur le plan juridique et administratif, la traduction de ces propositions en politiques publiques apparaît complexe. Les mécanismes actuels reposent sur des critères établis (statut familial, contributions fiscales, affiliation) qui nécessiteraient des ajustements législatifs et réglementaires importants. Par ailleurs, la mise en œuvre soulèverait des débats sur l’arbitrage entre reconnaissance symbolique et effets concrets : quels droits précis ouvrir, selon quels critères de preuve, et avec quelles implications budgétaires ? Ces enjeux placent le projet dans un croisement entre innovation sociale et contraintes institutionnelles.
À l’approche de 2027, l’initiative de Clémence Guetté contribue à élargir le champ du débat public en posant la question de la reconnaissance des formes de solidarité contemporaines. Qu’elle devienne programme gouvernemental ou reste proposition de niche, l’idée d’une «politisation de l’amitié» est susceptible de cristalliser des discussions entre partis de gauche, acteurs associatifs et juristes, et d’influer sur la manière dont les candidatures aborderont la protection des vies relationnelles dans les mois à venir.






