À l’approche des élections législatives israéliennes prévues le 27 octobre 2026, un acteur dont le nom ne figurera sur aucun bulletin de vote occupe une place remarquable dans la campagne : le Qatar. L’émirat du Golfe n’a ni candidat, ni parti, ni électeurs en Israël. Pourtant, son nom, son influence supposée et même l’image de son émir sont désormais très présents dans le débat public israélien.
Quand l’image de l’émir s’invite au cœur de la campagne électorale israélienne
Cela ne signifie pas que le Qatar contrôle la campagne ou oriente l’opinion publique israélienne. Cette présence révèle plutôt à quel point Doha est devenu une référence à travers laquelle les candidats cherchent à démontrer leur force et leur capacité à gouverner.
Dans cette étrange campagne à trois visages, Netanyahu défend son bilan tout en durcissant son discours contre le Qatar, Bennett propose une rupture plus radicale, tandis que le cheikh Tamim reste au centre du débat sans être candidat ni intervenir directement dans les élections.
Comment le Qatar s’est-il retrouvé au centre du débat politique israélien ?
La place occupée par Doha dans la vie politique israélienne constitue une évolution notable. La campagne devrait normalement être dominée par les défaillances entourant l’attaque du 7 octobre 2023, l’avenir de Gaza, l’Iran, la conscription des juifs ultraorthodoxes et les divisions institutionnelles en Israël. Pourtant, le Qatar est devenu un point de convergence de presque toutes ces questions.
Pendant des années, l’émirat a financé des programmes d’aide à Gaza avec l’accord des autorités israéliennes, accueilli le bureau politique du Hamas, participé aux négociations sur les otages et les cessez-le-feu, et développé une importante présence médiatique internationale grâce à Al Jazeera. Aujourd’hui, chacune de ces activités est réévaluée en Israël à travers le prisme du 7 octobre.
Bennett ne défend pas le Qatar : il propose une rupture plus ferme
Le 27 juillet 2026, lors d’une conférence organisée par l’Institut d’études sur la sécurité nationale, Bennett s’est engagé à déclarer immédiatement le Qatar « État ennemi » s’il revenait à la tête du gouvernement.
Il a accusé Doha d’être l’un des principaux soutiens du Hamas, de financer un vaste réseau international d’influence et de chercher à affaiblir Israël par l’intermédiaire des médias, des universités et des réseaux politiques.
Bennett a également affirmé avoir consulté, lorsqu’il était Premier ministre, des renseignements faisant état d’un financement qatari des Gardiens de la révolution iraniens. Doha a rejeté cette grave accusation.
Netanyahu : de la coopération pragmatique à la confrontation avec Doha
La politique de Benjamin Netanyahu à l’égard du Qatar présente une contradiction manifeste. Pendant des années, ses gouvernements ont autorisé l’entrée de fonds qataris à Gaza, avec pour objectif déclaré de financer les salaires, le carburant et l’aide à la population. Ses détracteurs estiment toutefois que cette stratégie a contribué à consolider le pouvoir du Hamas.
Depuis l’attaque du 7 octobre, Netanyahu a durci son discours, accusant Doha d’héberger les dirigeants du Hamas et de financer le mouvement.
Le « Qatargate » et les questions entourant le bureau du Premier ministre
La question qatarie est devenue plus sensible avec l’apparition de l’affaire dite du « Qatargate », qui porte sur des soupçons de liens financiers et médiatiques entre des personnes proches du bureau de Netanyahu et des entités liées au Qatar.
Plusieurs collaborateurs du Premier ministre ont été cités dans les enquêtes. Ces accusations restent soumises aux investigations et à l’appréciation de la justice ; elles ne permettent donc pas d’établir une responsabilité personnelle de Netanyahu.
La frappe sur Doha et les interrogations sur les capacités du renseignement qatari
Un autre facteur a renforcé l’attention portée au rôle du Qatar : la survie des principaux dirigeants du Hamas visés par la frappe israélienne du 9 septembre 2025.
L’opération a tué plusieurs personnes, dont des membres du Hamas et un agent des forces de sécurité intérieure qataries, mais elle n’a pas éliminé les principaux dirigeants ciblés.
Ce résultat a soulevé une série de questions : les personnes visées avaient-elles reçu un avertissement préalable ? Les services de renseignement qataris avaient-ils anticipé une attaque sur leur territoire ? Des mesures particulières avaient-elles été prises pour protéger les responsables présents à Doha ?
Une puissance discrète capable de se protéger et de négocier avec tous
Ces évolutions ont renforcé l’image du Qatar comme un petit État dont les capacités dépassent largement ce que sa taille géographique pourrait laisser penser. L’émirat s’appuie sur sa richesse énergétique, ses partenariats internationaux, sa relation stratégique avec Washington, ses réseaux diplomatiques et sa connaissance approfondie des acteurs régionaux.
Une compétition pour afficher la plus grande fermeté envers le Qatar
La véritable question électorale ne consiste pas à choisir entre un candidat favorable au Qatar et un autre qui lui serait hostile. Il s’agit de déterminer quel dirigeant paraîtra le plus crédible, le plus constant et le plus efficace dans sa manière de traiter avec Doha.
Netanyahu peut mettre en avant son expérience, les opérations menées contre le Hamas et le durcissement spectaculaire de sa position à l’égard des dirigeants du mouvement présents au Qatar. Bennett cherche, quant à lui, à démontrer que le problème ne peut plus être géré par des arrangements tactiques et qu’il exige une rupture stratégique complète.
Cette surenchère politique comporte toutefois des risques importants. Désigner officiellement le Qatar comme un État ennemi pourrait affecter les relations économiques indirectes, les canaux diplomatiques, les négociations sur les otages et la coordination avec Washington, qui entretient un partenariat stratégique majeur avec Doha.
Le Qatar décide-t-il réellement de l’avenir de la politique israélienne ?
Il serait excessif d’affirmer que le Qatar « décide » du résultat des élections israéliennes en l’absence de preuves d’une ingérence directe capable de déterminer les choix des électeurs.
La souveraineté électorale appartient aux citoyens israéliens. Le résultat dépendra avant tout des enjeux intérieurs, des alliances partisanes, du bilan du gouvernement et de la capacité de chaque camp à obtenir une majorité à la Knesset.
Mais il serait également erroné de considérer Doha comme une question secondaire. Par son rôle à Gaza, ses contacts avec le Hamas, sa médiation, sa puissance financière, ses capacités diplomatiques, son influence médiatique et la controverse entourant certains collaborateurs de Netanyahu, le Qatar a indirectement contribué à façonner les thèmes de la campagne.
Son importance ne réside pas dans un rôle d’arbitre qui choisirait le prochain Premier ministre israélien. Elle tient plutôt au fait qu’il représente une épreuve politique et stratégique obligeant chaque candidat à définir sa vision de la sécurité, de la diplomatie et de la responsabilité gouvernementale.
Le Qatar ne déposera aucun bulletin dans l’urne, mais sa présence pousse les candidats à dévoiler leur doctrine régionale aux électeurs.
Un troisième candidat dont le nom ne figurera sur aucun bulletin de vote
Quel que soit le résultat des élections du 27 octobre, les relations entre Israël et le Qatar ne prendront pas fin avec la campagne.
Israël conservera son droit et son devoir de protéger sa sécurité, d’exiger une transparence totale concernant toute influence étrangère et d’enquêter rigoureusement sur les soupçons touchant ses institutions. De son côté, le Qatar continuera probablement à défendre sa diplomatie de médiation et à rejeter les accusations qu’il considère comme politiquement motivées.
Malgré la profondeur de leurs désaccords, les deux parties ont intérêt à empêcher une escalade incontrôlée et à préserver des mécanismes capables de produire des résultats concrets.






