Trois économistes mettent en garde : dans une tribune publiée dans Le Monde, Olivier Blanchard, ancien chef économiste du Fonds monétaire international, et le professeur Quentin Vandeweyer expliquent pourquoi la proposition d’annulation de la dette détenue par la Banque de France soulevée par Jean‑Luc Mélenchon ne constituerait pas un gain budgétaire automatique. Ils jugent l’opération, au mieux, techniquement neutre, et, au pire, susceptible d’alimenter des pressions inflationnistes.
Les auteurs rappellent que la dette détenue par une banque centrale est inscrite sur son bilan et que sa disparition par une mesure d’annulation n’équivaut pas à un afflux de ressources publiques immédiatement mobilisables. L’opération peut apparaître comme une écriture comptable qui réduit les engagements de l’État face à l’institution monétaire, sans créer une capacité financière nouvelle permettant d’accroître durablement les dépenses publiques.
Ils soulignent aussi les risques macroéconomiques liés à une telle décision : la perte de crédibilité monétaire, des anticipations d’inflation révisées à la hausse et des tensions sur les taux d’intérêt si les marchés interprètent l’annulation comme un recours à la création monétaire pour financer le déficit. Ce type de mécanisme éclaire pourquoi certains économistes craignent qu’une annulation de dette ne dégénère en facteur inflationniste plutôt qu’en solution de financement neutre.
Dans le contexte de la campagne présidentielle en France, la tribune vise à recentrer le débat sur les conséquences pratiques et institutionnelles d’une telle mesure. En insistant sur la distinction entre comptabilité et ressources réelles, Olivier Blanchard et Quentin Vandeweyer appellent à une évaluation précise des effets sur la politique monétaire, la confiance des investisseurs et les perspectives d’inflation, sans promettre de solutions miraculeuses pour le financement public.






