Les effets du changement climatique imposent de repenser la manière dont nous organisons nos territoires, affirme Agnès Sinaï, directrice de l’Institut Momentum, dans une tribune au quotidien national. Elle y soutient que l’« habitabilité des territoires » ne se préservera pas par la seule résilience technique, mais par une transformation des infrastructures pour les adapter à ce que les milieux et les êtres vivants peuvent réellement accueillir.
La proposition de biorégionalisme portée par Sinaï met l’accent sur l’adéquation des aménagements humains avec les capacités écologiques locales. Plutôt que d’étendre indéfiniment réseaux et services, il s’agit, selon elle, de redonner à l’échelle des bassins de vie, des paysages et des écosystèmes un rôle central dans les décisions d’urbanisme et d’investissement. Cette approche questionne les critères classiques de croissance et d’équipement au profit d’une lecture plus fine des limites et des potentialités des territoires.
Par infrastructures repensées, l’auteure évoque les dispositifs matériels et organisationnels qui structurent la vie collective : logements, mobilités, approvisionnements en eau et énergie, systèmes de protection et de gestion des risques. L’idée centrale est de « proportionner » ces dispositifs à la capacité d’accueil des milieux, ce qui suppose de nouvelles méthodes d’évaluation des ressources et des services écosystémiques, ainsi que des règles d’aménagement qui intègrent cette dimension écologique.
Ce point de vue met en lumière des enjeux pratiques pour les décideurs : redéfinir l’échelle pertinente d’action, adapter les financements et les normes, et articuler planification territoriale et gestion écologique. Il soulève aussi des questions de gouvernance : qui mesure la capacité d’un milieu ? Comment traduire des limites écologiques en règles opérationnelles sans pénaliser les populations vulnérables ? Ces interrogations relèvent tant de la technique que de choix politiques et éthiques.
La contribution d’Agnès Sinaï invite donc à sortir d’une vision strictement technique de l’adaptation au climat pour inscrire la protection du vivant au cœur de l’aménagement. En centrant la réflexion sur l’habitabilité et la responsabilité des humains envers les milieux, elle appelle à une conversion des pratiques publiques et professionnelles vers des solutions qui tiennent compte des capacités réelles des territoires.






