Kuru: une énigme a frappé dans les années 1950 une communauté de Papouasie-Nouvelle-Guinée, provoquant une mortalité élevée et des symptômes neurologiques sévères. D’abord inexpliquée, la maladie s’est imposée comme un objet d’enquête pour des anthropologues et des équipes médicales qui cherchaient à comprendre l’origine d’un tableau clinique composé d’ataxie, d’arythmie comportementale puis d’un déclin inexorable vers la mort. Le nom retenu, kuru, est depuis associé à cette histoire clinique et sociale.
Les investigations pluridisciplinaires ont établi un lien entre les rites funéraires et la propagation d’une encéphalopathie liée à une protéine anormale. Les chercheurs ont montré que la consommation de tissus corporels, en particulier de matériel nerveux, permettait la transmission d’un agent résistant, provoquant une dégénérescence cérébrale progressive. Ces travaux ont ainsi confirmé la possibilité d’une transmission non conventionnelle de pathologies neurodégénératives, faisant entrer le phénomène dans la catégorie plus large des maladies à prions.
L’arrêt progressif des pratiques d’anthropophagie funéraire a été suivi d’un recul marqué des nouveaux cas, soulignant l’impact direct des comportements culturels sur la dynamique de l’épidémie. La description du kuru a eu des retombées scientifiques majeures: elle a orienté la recherche sur les agents infectieux non conventionnels, influencé les protocoles de gestion des tissus biologiques et renforcé la vigilance autour des filières alimentaires et transfusionnelles. Ces enseignements ont contribué, sans substitution, à mieux cerner d’autres encéphalopathies humaines d’origine protéique.
Aujourd’hui, l’étude du kuru reste une référence pour la recherche biomédicale et pour les politiques de santé publique qui doivent concilier respect culturel et prévention. Le cas illustre l’importance d’une réponse intégrée — impliquant communautés, anthropologues et équipes médicales — pour identifier des modes de transmission inattendus et éviter des risques sanitaires émergents à l’interface entre pratiques sociales et biologie.






