Il y a 200 millions d’années, des paysages européens dominés par des savanes de fougères ont été périodiquement ravagés par des incendies de grande ampleur, révèlent des analyses palynologiques récentes. Une équipe internationale de chercheurs a identifié des signatures de combustion conservées dans des microrestes végétaux datés de la fin du Trias, prélevés dans plusieurs sites à travers l’Europe. Ces observations fournissent un éclairage inédit sur les interactions entre climat, végétation et feux à une époque charnière de l’histoire terrestre.
Les auteurs ont examiné des spores et pollens fossilisés afin d’y repérer des altérations caractéristiques liées à la chaleur et à la suie. La présence de ces indices dans des assemblages palynologiques distants géographiquement indique que les incendies n’étaient pas des événements locaux isolés, mais qu’ils affectaient des régions étendues. Les dépôts étudiés proviennent de successions stratigraphiques correspondant à une période de réchauffement global connu pour ses importantes modifications des écosystèmes terrestres.
La découverte enrichit la compréhension des régimes de feu en milieu préhistorique et de leur rôle écologique. Quand le paysage était majoritairement constitué de fougères et d’autres plantes non boisées, les feux pouvaient se propager rapidement et influer sur la composition des communautés végétales. Les résultats offrent également des éléments exploitables pour reconstituer les cycles du carbone anciens : les émissions liées aux incendies influencent la concentration atmosphérique de gaz à effet de serre et, à plus long terme, la dynamique climatique.
Ces travaux ouvrent la voie à des approches interdisciplinaires visant à coupler palynologie, sédimentologie et modélisation climatique pour mieux quantifier l’ampleur et la fréquence de ces incendies préhistoriques. Ils montrent aussi que les archives microscopiques contenues dans les spores et pollens constituent des témoins précieux des perturbations environnementales passées. De futures analyses permettront de préciser l’étendue spatiale des épisodes incandescents et d’évaluer leur influence sur l’évolution des écosystèmes terrestres à la transition entre le Trias et le Jurassique.






