Plus généralement, la mortalité des arbres français a été multipliée entre 1,5 et 4 fois chez les espèces les plus communes, ces dix dernières années. Hêtre, épicéa, chêne pédonculé, sessile ou pubescent, tous y passent.
Une équipe de recherche internationale, pilotée par le Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE) au CEA de Saclay s’est penchée sur les données précieuses mais peu exploitée de l’Inventaire forestier national (IFN). Échantillonnées sur des placettes de forêts publiques et privées, ces données recensent le nombre d’arbres ainsi que leurs caractéristiques : espèce, diamètre, hauteur, accroissement radial et état de santé (vivant, dépérissant ou mort).
Après avoir analysé les données de plus de 500 000 arbres entre 2015 et 2023, l’équipe du LSCE a mis en évidence une hausse significative de la mortalité pour près de la moitié des espèces étudiées, et ce, quelle que soit leur taille. L’étude, publiée dans la revue Nature Communications, révèle notamment des foyers de mortalité particulièrement marqués dans le Grand Est, une région caractérisée depuis les années 2000 par une forte augmentation des températures et une baisse des précipitations annuelles.
L’état sanitaire de la forêt française se dégrade
Dans l’ensemble ces résultats indiquent que « la mortalité élevée n’est compensée ni par une croissance de la biomasse des arbres survivants, ni par le recrutement de nouveaux jeunes arbres, ce qui témoigne d’une dégradation générale de l’état sanitaire de la forêt plutôt que d’une simple modification de sa dynamique démographique », soulignent les auteurs de cette publication.
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Face à cet état des lieux alarmant, les chercheurs ont voulu préciser les causes d’une telle mortalité. En effet, « les inventaires forestiers ne permettent pas de faire une autopsie précise, que ce soit la date ou la cause de la mort », explique Philippe Ciais, directeur de recherche au LSCE au CEA et co-auteur de cette étude.
Grâce à un modèle de Machine Learning, les scientifiques ont donc hiérarchisé les différents facteurs qui pourraient être à l’origine de ce phénomène de mortalité. Derrière la taille des arbres et la compétition entre individus (liée à la densité des peuplement), les anomalies climatiques saisonnières se sont révélées les principaux facteurs de mortalité. « Ceci montre que la mortalité ne résulte pas seulement d’événements extrêmes isolés comme les canicules, mais de plusieurs anomalies climatiques : hivers doux, printemps humides, sécheresses estivales », relève Philippe Ciais.
« Miser sur des espèces résilientes mais conserver des forêts complexes »
« Nous connaissions l’effet des sécheresses sur la défaillance hydraulique des arbres et la carence en carbone, mais nous avons été surpris de l’impact des printemps humides. En effet, ils sont plutôt associés à de bonnes conditions de croissance ». Pour expliquer cette effet, les chercheurs avancent l’hypothèse suivante : des conditions printanières humides induiraient une croissance trop rapide du feuillage, créant un surinvestissement et un déséquilibre structurel, qui fragiliserait l’arbre face aux sécheresses ultérieures.
Quant aux hivers doux, les chercheurs supposent qu’ils favoriseraient la transmission de pathogènes et la survie de certains insectes mortels pour les arbres, comme les scolytes, ces coléoptères perçant des galeries sous l’écorce et perforant les vaisseaux conducteurs de sève. Ces hypothèses devront être confirmées par les données satellites ainsi que celles du Département de la Santé des Forêts (anciennement Réseau Santé Forêt).
En attendant, comment prévenir ces atteintes ? « Nous devons miser sur des espèces plus résilientes, comme des pins à la place des épicéas, et si possible conserver des forêts complexes, diversifiées. Il est notamment essentiel prendre en compte la diversité génétique au sein d’une même espèce », indique Philippe Ciais. « Les gestionnaires forestiers pourraient également privilégier des pratiques comme l’éclaircie ciblée, qui permet de conserver différentes strates forestières tout en limitant la compétition pour l’eau ». A l’heure actuelle, malheureusement, de nombreuses forêts comme celles des Landes, du Morvan ou des Vosges sont exploitées selon un principe de monoculture, avec des coupes rases.
Source:
www.sciencesetavenir.fr






