[Cet article est à retrouver dans notre hors-série Atlas des communications, en vente depuis le 15 juillet chez votre marchand de journaux et sur notre site.]
L’Inde a enregistré 65 coupures d’Internet en 2025, un chiffre record parmi les démocraties, selon le rapport d’Access Now, une organisation de défense des droits numériques. Et si l’on regarde depuis 2016, le géant sud-asiatique présente également le pire bilan. “Sur les 2 102 coupures d’Internet enregistrées par Access Now dans le monde depuis 2016, 920 ont eu lieu en Inde”, indique The Indian Express.
L’Inde a connu 30 coupures en 2016, un chiffre qui a plus que doublé pour atteindre 69 en 2017, avant de culminer à 134 en 2018. Selon le rapport, les 65 suspensions d’accès recensées en 2025 ont touché douze États et territoires indiens. Elles ont principalement eu lieu lors de manifestations, de conflits, de violences communautaires et de fêtes religieuses, poursuit le quotidien indien. New Delhi “continue de choisir de contrôler la liberté d’expression, sans reconnaître que les coupures sont fondamentalement incompatibles avec la démocratie”, regrette le rapport d’Access Now, cité par l’Indian Express.
Sites et comptes bloqués, interdiction des VPN
En plus des coupures totales d’Internet, les autorités ont recours à d’autres restrictions des droits numériques, comme le blocage de certains sites web ou de comptes de militants sur les réseaux sociaux, et l’interdiction de l’utilisation de VPN (réseau privé virtuel) pour contourner le blocage de l’accès à Internet.

Entre décembre 2025 et le début de janvier 2026, environ 800 personnes ont ainsi été arrêtées dans la vallée du Cachemire à la suite de fouilles téléphoniques visant à détecter l’usage d’applications interdites, rapporte le site d’information indien indépendant The Wire. Les autorités du Jammu-et-Cachemire ont invoqué l’article 163 du Code de procédure pénale interdisant l’utilisation non autorisée de VPN.
Repère Comment contourner la censure ?
Plusieurs organisations de référence en matière de droits numériques et d’accès au Net, comme Access Now, le Global Investigative Journalism Network ou Electronic Frontier Foundation, expliquent en détail comment se connecter malgré le contrôle des États.
En cas de censure (sites bloqués ou accès réduit à un réseau national) :
Les réseaux privés virtuels (VPN) chiffrent la connexion de l’utilisateur et font transiter son trafic par un serveur situé dans un autre pays.
Le réseau Tor (The Onion Router), décentralisé, anonymise le trafic en le faisant transiter par plusieurs serveurs mondiaux et protège l’identité de ses utilisateurs (parfois des criminels).
Un protocole de proxy chiffré, comme Shadowsocks (conçu pour contourner la “Grande Muraille” numérique de Chine), masque l’information consultée mais pas l’adresse IP de l’internaute.
En cas de coupure totale (black-out) :
Le réseau maillé ou mesh (lire p. 68). Grâce à des applications comme Briar ou Bridgefy, on peut communiquer sans Internet : les messages circulent de téléphone en téléphone, via le wifi ou Bluetooth.
Les constellations de satellites permettent d’accéder à Internet via une simple antenne satellite.
Les cartes SIM étrangères permettent d’accéder au réseau quand un pays conserve un accès pour les ressortissants étrangers.
Les (vieux) modems bas débit passent par les lignes téléphoniques. Si le bruit du modem 56k vous manque…
Afficher la suite
En 2019, l’accès à Internet avait été suspendu pendant plus de cent cinquante jours dans cette région, la seule du pays à majorité musulmane. Après avoir brutalement abrogé l’autonomie constitutionnelle du Cachemire en août 2019, le gouvernement indien y avait coupé toutes les communications – et notamment le réseau téléphonique, imposant un véritable black-out.
Les autorités justifient régulièrement ces restrictions en avançant des raisons de sécurité relatives à la prévention des manifestations et au maintien de l’ordre public dans cette région en proie à une insurrection séparatiste. “Ces coupures d’Internet, aussi fréquentes que nombreuses, sont alarmantes pour une démocratie, rétorque The Wire, elles érodent les droits et libertés des citoyens, et banalisent des mesures impitoyables et perverses visant à réprimer les voix dissidentes et à marginaliser les minorités.”
Source:
www.courrierinternational.com






