Pour Aurélie Trouvé, les fonds d’investissement « prédateurs » occupent une place « systémique » dans l’économie française. C’est la conclusion d’une commission d’enquête parlementaire, dont elle était rapporteure, qui publie ses conditions ce lundi.
« D’un côté, il y a des politiques qui favorisent très fortement les fonds d’investissement, (avec) notamment des avantages fiscaux, et de l’autre, une absence quasi totale de règles ou de contrôle de pratiques prédatrices », déplore la députée de La France insoumise (LFI).
L’élue estime que l’essor de ces acteurs financiers remonte à 2012, avec le quinquennat de François Hollande, puis les deux mandats d’Emmanuel Macron.
Emmanuel Mandon, président de la commission d’enquête et député MoDem, a estimé dans l’avant-propos du rapport que ce dernier était construit « sur une logique de dénonciation qui entend dresser un tableau clairement négatif » de l’activité des fonds d’investissement, faisant peser sur ces derniers « une forte présomption négative ». Ce, alors qu’il n’est à ses yeux « pas possible de parvenir aux conclusions exhaustives qu’appelait l’objectif initial de la commission (la prédation alléguée des capacités productives) ».
Les travaux parlementaires se sont en tout cas tenus alors que la France « figure parmi les marchés les plus actifs de cette industrie », selon la Banque de France et France Invest.
Cette dernière organisation, qui représente les acteurs du capital-investissement, de l’infrastructure et de la dette privée, a déploré ce lundi une « vision erronée du secteur diffusée dans les conclusions des travaux de cette commission d’enquête ».
🏦 Comment « désarmer les fonds prédateurs » ? La commission d’enquête sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs a rendu son rapport.
🗂️ Issue du droit de tirage @FiAssemblee, elle conclut ses travaux par l’affirmation que « les fonds… pic.twitter.com/RdppIogLi7
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Elle assure que le capital-investissement « contribue au financement de l’économie réelle, à la croissance des entreprises et à la création d’emplois sur l’ensemble du territoire » et que ses entreprises membres « accompagnent plus de 11 000 entreprises » de toute taille, dont plus de 8 000 françaises.
Les LBO dans le viseur
Les parlementaires se sont notamment penchés sur les rachats d’entreprise par endettement avec effet de levier, leverage buy-out ou LBO en anglais, qui consistent à financer l’acquisition de l’entreprise par ses revenus à venir.
Leur rapport considère que ces opérations « organisent méthodiquement le transfert de richesse des entreprises vers leurs actionnaires » et que la France en est devenue « le principal terrain de chasse sur le continent européen ».
Or, « l’horizon temporel et les exigences de rendement » des fonds, souvent étrangers, « sont structurellement incompatibles avec les besoins de pérennité de notre tissu productif », estiment les parlementaires.
La banque publique d’investissement, Bpifrance, accusée de « soutenir fortement les fonds de capital-investissement » et d’être « principalement guidée par la performance financière au détriment de sa mission d’intérêt général », est notamment pointée du doigt.
En audition devant la commission d’enquête, le dirigeant de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, avait estimé que la vision des choses d’Aurélie Trouvé ne « correspond (ait) absolument pas à la réalité ».
L’action de la banque publique s’inscrit dans « le cadre financier, législatif et réglementaire, national et européen », « depuis sa création en 2013 », a réagi l’organisation ce lundi soir.
Aurélie Trouvé déplore aussi le « pantouflage » de hauts fonctionnaires, voire de ministres, dans des fonds d’investissement. C’est ainsi que l’on définit le fait, pour les anciens élèves de grandes écoles notamment, de quitter le service de l’État pour celui d’une entreprise privée.
Le secteur du soin fragilisé
Les parlementaires se sont également penchés sur l’appétit des fonds d’investissement pour le secteur de la santé, biologie médicale, cliniques, cabinets de radiologie, Ehpad, par exemple. Aurélie Trouvé accuse certains acteurs de gagner de l’argent « sur le dos de la sécurité sociale » française.
Dans leur rapport, les élus citent un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et de l’Inspection générale des finances (IGF) publié en 2025, selon lequel les montants investis par le capital-investissement dans les services de soins ont été multipliés par six entre la période 2017-2019 et 2020-1922.
Dans le même temps s’est observée « une accélération brutale de l’endettement du secteur de l’offre de soins », la commission s’inquiétant d’une « fragilisation financière systémique des secteurs du soin sous l’effet de l’intervention des fonds ».
Source:
www.leparisien.fr






