Dans la vallée de Cerdagne, au nord-est de la Catalogne espagnole, le site des Guilleteres d’All intrigue depuis longtemps les archéologues. Le paysage y est marqué par des entailles inhabituelles, des ravins artificiels et des fronts d’extraction qui ne correspondent pas à une simple érosion naturelle. Certaines structures prennent la forme de longues tranchées étroites, tandis qu’une autre ressemble à un vaste cirque d’environ 300 mètres de diamètre.
Pour les chercheurs des Universités de La Corogne et de Barcelone, qui ont publié leur étude dans MDPI, ces formations correspondent à un système d’exploitation aurifère hydraulique datant de l’époque romaine. Le principe consistait à détourner et contrôler l’eau afin d’éroder les anciens dépôts alluviaux contenant de minuscules particules d’or. L’eau entraînait alors les sédiments, permettant de récupérer le métal précieux.
Le site est moins spectaculaire que Las Médulas, célèbre complexe minier romain du nord-ouest de l’Espagne, mais son ampleur reste considérable. Les chercheurs estiment qu’environ 2 millions de mètres cubes de terre y auraient été déplacés par les ingénieurs romains, transformant durablement le relief de cette zone montagneuse située au pied de sommets culminant à près de 2 900 mètres.
Localisation du site des Guilleteres en Cerdagne, dans la province de Gérone en Catalogne espagnole, avec les principaux sites archéologiques de la région indiqués par des triangles. © Sanjurjo-Sánchez, J., et al., 2025
Une ancienne citerne a permis de résoudre le mystère
La grande difficulté restait toutefois la datation du site. Les formes du terrain suggéraient fortement une origine romaine, mais les preuves archéologiques directes demeuraient limitées. Tout a changé grâce à un ancien réservoir hydraulique enfoui sous les sédiments.

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Les fouilles menées entre 2010 et 2022 ont révélé une vaste structure destinée à stocker et réguler l’eau utilisée pour l’exploitation minière. Le bassin, large d’environ 4,5 mètres et profond de 1,5 mètre, était maintenu par un barrage composé de gros blocs de pierre. Une fois le système abandonné, de fines particules se sont progressivement accumulées au fond du réservoir, créant de véritables archives géologiques.

Vestiges du barrage découverts lors des fouilles menées entre 2010 et 2012, avec plusieurs des imposants blocs de pierre qui composaient la structure hydraulique romaine. © Sanjurjo-Sánchez, J. et al., 2025
Les chercheurs ont alors utilisé une technique appelée luminescence stimulée optiquement (OSL). Cette méthode mesure la dernière exposition à la lumière de grains de quartz enfouis dans les sédiments. En analysant deux échantillons prélevés au fond du réservoir, l’équipe a pu dater l’abandon du système hydraulique entre la fin du IIe siècle et le début du IIIe siècle de notre ère.
Cette datation ne correspond pas forcément au début de l’exploitation, mais elle confirme que le complexe minier fonctionnait bien à l’époque romaine avant d’être progressivement laissé à l’abandon.
L’or des Pyrénées lié à une ville romaine oubliée
La découverte est d’autant plus importante que les mines se trouvent à proximité d’Iulia Libica, l’actuelle Llívia, seule ville romaine attestée dans cette région des Pyrénées. Les chercheurs pensent que cette cité jouait probablement un rôle administratif et économique majeur dans l’exploitation des ressources locales.
Les textes antiques évoquaient déjà la présence d’or dans les Pyrénées. Pline l’Ancien mentionnait les richesses aurifères de la région, tandis que le poète Martial faisait allusion à l’or extrait près d’Iulia Libica. D’autres découvertes archéologiques renforçaient ces soupçons, notamment un atelier métallurgique identifié à El Castellot de Bolvir, ainsi qu’un bracelet en or de 23 grammes retrouvé dans une nécropole romaine voisine.

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Les nouvelles datations permettent désormais de relier ces indices dispersés à une véritable exploitation minière organisée. Elles suggèrent également que le déclin des mines pourrait être lié à celui d’Iulia Libica elle-même. Certaines zones de la ville romaine semblent en effet avoir été abandonnées au même moment que les infrastructures hydrauliques des Guilleteres.
Près de 1 700 ans après l’arrêt des canaux et des réservoirs, ce sont finalement de minuscules grains de quartz enfouis dans les sédiments qui ont permis de révéler l’existence de ces mines d’or romaines oubliées au cœur des Pyrénées espagnoles.
Source:
www.futura-sciences.com






