Un événement inédit secoue la scène politique marocaine : le Premier ministre et président du Rassemblement national des indépendants (RNI), Aziz Akhannouch, fait désormais l’objet d’une plainte officielle déposée devant la justice marocaine pour outrage au drapeau national, un acte considéré comme grave au regard du Code pénal et porteur d’une forte charge symbolique dans un contexte politique déjà tendu.
La plainte, datée du 8 novembre 2025, a été déposée par Mohamed Mnili, délégué régional du Réseau national pour les droits de l’homme à Béni Mellal, auprès du parquet du tribunal de première instance de la même ville. Le document, dont Belgium Times a obtenu copie, est adressé au procureur du Roi et met directement en cause Aziz Akhannouch, en sa qualité de chef du gouvernement et président du RNI.
📄 Copie de la plainte officielle déposée au tribunal de Béni Mellal :
(Document transmis au parquet et signé par Mohamed Mnili, représentant du Réseau national pour les droits de l’homme)

(Photo : copie du document original adressé au procureur du Roi de Béni Mellal, daté du 8 novembre 2025)
Selon le plaignant, Akhannouch aurait commis une atteinte grave au drapeau national lors d’un rassemblement partisan organisé par le RNI à Béni Mellal, en utilisant et manipulant le drapeau d’une manière jugée indigne et contraire à la loi marocaine. Le texte de la plainte évoque notamment une “insulte symbolique au drapeau, emblème de la souveraineté et de l’unité nationale”, constituant, selon l’article 267 du Code pénal marocain, une infraction punissable.
Ce comportement, estime le plaignant, “porte atteinte à la dignité du drapeau, au respect dû aux symboles nationaux et à l’image du Royaume. Il s’agit d’un acte contraire à la loi, à la morale et à la conscience nationale.” Le document transmis au parquet réclame l’ouverture urgente d’une enquête judiciaire, des mesures légales provisoires à l’encontre du Premier ministre, ainsi que la reconnaissance du statut de victime pour le plaignant, au nom de la défense des symboles de la nation.
Le dépôt d’une plainte contre un chef de gouvernement en exercice est sans précédent dans l’histoire du Maroc contemporain. Même si la probabilité d’une mise en cause judiciaire effective reste faible, l’affaire prend une dimension symbolique majeure dans un climat où la défiance envers les élites politiques s’accentue.
Le Premier ministre Akhannouch, déjà fragilisé par la crise sociale, la hausse du coût de la vie et la baisse de popularité de son parti, voit son image une nouvelle fois écornée. Pour certains observateurs, cette plainte illustre le malaise croissant entre le pouvoir politique et la société civile, souvent frustrée par un sentiment d’impunité des dirigeants.
Jusqu’à présent, aucune réaction officielle n’a été publiée ni par le cabinet du Premier ministre, ni par le parti du RNI. Plusieurs figures de la société civile ont cependant salué le geste de Mohamed Mnili comme un acte de courage civique, estimant que “nul n’est au-dessus de la loi, pas même le chef du gouvernement.” D’autres voix plus prudentes appellent à la vérification des faits, redoutant que l’affaire soit instrumentalisée politiquement à l’approche des élections locales et régionales de 2026.
Au-delà de la dimension juridique, ce cas soulève une question morale et politique de fond : le respect des symboles nationaux par ceux qui incarnent l’État. Dans un pays où le drapeau, la monarchie et l’unité territoriale représentent les piliers sacrés de la nation, toute atteinte perçue à ces symboles réveille une sensibilité patriotique intense.
“Le drapeau n’est pas un ornement partisan, mais un symbole sacré de la souveraineté nationale”, conclut le plaignant dans sa lettre.
Cette plainte contre Aziz Akhannouch, même si elle n’aboutit pas à une condamnation, marque une rupture dans la culture politique marocaine : celle où les citoyens et les associations n’hésitent plus à interpeller directement le pouvoir exécutif et à judiciariser la responsabilité politique. Le dossier sera désormais un test pour l’indépendance de la justice marocaine et pour la solidité du principe d’égalité devant la loi.




