L’insuffisance ovarienne prématurée, c’est la perte partielle ou totale de la fonction des ovaires avant l’âge de quarante ans. Cela entraîne une chute hormonale, des cycles irréguliers ou absents, et souvent une infertilité difficile à accepter. Ce n’est pas une maladie rare : les études parlent de 1 à 3,5 % des femmes concernées dans le monde. En Belgique, cela représenterait entre dix-huit et soixante mille femmes, autant d’histoires, de douleurs et d’attentes souvent passées sous silence.
Mais ce qui est le plus dur, ce n’est pas seulement la maladie en elle-même. C’est le vide qui l’entoure. Le manque d’écoute, le manque d’accompagnement, le manque de compréhension. Ces femmes consultent, on leur parle d’hormones, de traitements, de fertilité, mais rarement de ce qu’elles ressentent. On soigne leur corps, mais on oublie leur cœur. On oublie que derrière chaque diagnostic, il y a une femme qui doute, qui pleure, qui se demande ce qu’elle va devenir.
En Belgique, il n’existe presque aucun soutien en dehors du suivi médical. Pas d’associations nationales dédiées, pas de campagnes publiques, pas de projet politique à long terme. Les structures existantes, comme De Verdwaalde Ooievaar ou Collectif BAMP!, font un travail admirable, mais elles agissent dans le domaine plus large de l’infertilité. Rien n’est spécifiquement pensé pour ces femmes dont la féminité, la confiance en soi et parfois même la vie de couple sont profondément bouleversées.
C’est une souffrance silencieuse, une blessure que beaucoup gardent pour elles. Chaque mois devient un rappel cruel de ce que la vie leur a pris trop tôt. Elles se sentent différentes, parfois coupables, souvent incomprises. Et ce sentiment d’injustice devient plus lourd encore quand elles constatent que leur douleur n’intéresse ni les institutions, ni la société, ni même le monde politique.
Il est temps que cela change. Il est temps que le politique prenne la mesure de cette souffrance négligée. Il ne s’agit pas seulement de santé, mais de dignité. Les responsables publics doivent comprendre qu’un accompagnement humain est aussi essentiel qu’un traitement médical. Il faut créer des parcours de soutien, des consultations psychologiques remboursées, des groupes de parole, et surtout une parole publique claire sur ce sujet.
La santé des femmes n’est pas une variable secondaire. Elle doit être une priorité, car elle touche à l’équilibre même de notre société. Ces femmes ne demandent pas la pitié, elles demandent la reconnaissance et la solidarité. Elles veulent être entendues, comprises, soutenues.
J’écris cet article pour elles, pour celles qui se battent en silence, qui affrontent chaque jour la fatigue, les larmes, et le regard des autres. Pour celles qui se sentent fragiles alors qu’elles sont incroyablement fortes. Pour celles qui espèrent qu’un jour, l’État, les médecins, et les responsables politiques comprendront que leur souffrance mérite attention et respect.
À toutes ces femmes, je veux dire simplement : vous n’êtes pas seules. Même si le monde reste encore sourd à vos douleurs, il y a des voix qui s’élèvent pour vous. La vôtre compte, votre combat compte, et votre histoire mérite d’être racontée. Parce que derrière chaque femme atteinte d’insuffisance ovarienne prématurée, il y a une force immense, un courage discret et une lumière qui ne demande qu’à être vue.




