Abdelkader Haddad, plus connu sous le pseudonyme de Nacer El Djinn, a occupé une place centrale dans l’appareil de renseignement intérieur algérien jusqu’à sa chute récente. Ancien patron de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI), il a été limogé, placé sous surveillance, puis aurait disparu dans des conditions encore mystérieuses, provoquant un séisme au sommet de l’État.
Militaire de carrière, Haddad a gravi les échelons au sein des services secrets et s’est imposé comme une figure influente du renseignement algérien. Proche de certains réseaux de l’ancien DRS, il a dirigé le Centre Principal d’Investigations Militaires (CPMI) à Ben Aknoun, une structure citée dans de nombreux récits de détention et d’interrogatoires musclés. Son surnom, “El Djinn”, renvoie à la fois à son aura de puissance dans les services et à la réputation sombre qui l’entoure.
En juillet 2024, il est nommé à la tête de la DGSI, symbole d’un retour en grâce orchestré par la présidence dans un contexte de réorganisation sécuritaire. Il devait incarner la lutte contre le terrorisme résiduel, la cybercriminalité et la surveillance des menaces internes. Mais moins d’un an plus tard, en mai 2025, il est brutalement limogé. Les motifs officiels n’ont jamais été annoncés, mais plusieurs sources évoquent des rivalités internes et une perte de confiance politique.
Son parcours s’assombrit rapidement : d’abord détenu à la prison militaire de Blida, puis transféré à Béchar, il est ensuite assigné à résidence dans une villa du quartier de Dely Ibrahim, sur les hauteurs d’Alger. C’est là qu’il disparaît mi-septembre 2025. Selon plusieurs médias, il aurait pris la fuite clandestinement à bord d’une patera en direction de l’Espagne, accompagné de quelques officiers. Bien que cette version n’ait pas été confirmée officiellement, elle alimente toutes les spéculations.
Sa disparition a déclenché une vaste mobilisation sécuritaire : quadrillage d’Alger, barrages routiers, contrôles intensifiés, survols aériens et convocation en urgence du Haut Conseil de Sécurité. Pour les autorités, cette évasion met en lumière les fragilités de l’appareil sécuritaire et laisse craindre des complicités internes.
Nacer El Djinn traîne derrière lui un lourd héritage. Plusieurs sources le présentent comme impliqué dans des opérations controversées durant la “décennie noire” des années 1990, marquées par la guerre civile algérienne. Son nom apparaît dans des affaires sensibles, parmi lesquelles des allégations de torture, des disparitions forcées et même l’assassinat du colonel Kasdi Merbah en 1993. Des médias ont également rapporté qu’il possède des attaches à l’étranger, notamment en Espagne, ainsi qu’un mariage avec une ressortissante hispano-marocaine.
Cette fuite, si elle est confirmée, représente bien plus qu’un simple scandale sécuritaire. Elle révèle les divisions internes au sommet du pouvoir algérien, mais aussi la difficulté pour l’État de contenir ses propres responsables, y compris ceux qui ont longtemps été au cœur de la machine répressive. L’affaire Nacer El Djinn illustre à quel point, derrière l’opacité du renseignement, se jouent des luttes de pouvoir dont les répercussions dépassent largement le cadre strictement militaire.




