Le débat budgétaire français se concentre souvent sur le niveau de la dette publique, au risque de laisser dans l’ombre l’autre côté du bilan : les actifs détenus par l’État, les collectivités et les administrations publiques. Dans une tribune publiée par Le Monde, l’économiste Philippe Brossard, ancien membre de la direction du Trésor, affirme que le secteur public français présenterait une richesse nette de 750 milliards d’euros, une fois l’ensemble des dettes soustraites. Ce montant, précise-t-il, ne tient pas compte de biens culturels emblématiques comme La Joconde.
Cette lecture ne conteste pas l’existence d’un endettement élevé ni les contraintes qui pèsent sur les finances publiques. Elle propose plutôt de distinguer deux approches : le suivi de la dette brute, utilisé dans les comparaisons européennes et au cœur des règles budgétaires, et l’analyse patrimoniale, qui met en regard les engagements financiers et les biens détenus. Dans cette logique, le patrimoine public comprend des participations, des infrastructures, des bâtiments, des terrains et d’autres actifs dont la valeur peut être comptabilisée selon les normes de la comptabilité nationale.
L’intérêt de cette mise en perspective est d’éclairer la situation financière de la France autrement que par un seul indicateur. Les statistiques publiques, produites notamment par l’Insee, permettent de suivre à la fois les passifs et les actifs des administrations. Pour Philippe Brossard, l’attention portée presque exclusivement à la dette nourrit une perception incomplète de la solvabilité collective. Le patrimoine artistique illustre aussi une limite de l’exercice : certains biens ont une valeur historique ou symbolique considérable, mais ne sont pas intégrés comme des ressources financières ordinaires.
La question demeure sensible dans un contexte de tensions budgétaires, de remontée durable des charges d’intérêt et de débats récurrents sur l’effort à demander aux ménages, aux entreprises et aux services publics. La valeur des actifs ne règle pas automatiquement les problèmes de trésorerie ni les obligations de remboursement. Elle rappelle toutefois que l’action publique repose aussi sur un capital accumulé au fil du temps, dont la conservation, l’usage et la valorisation relèvent de choix politiques et administratifs.
Ce débat invite ainsi à préciser les termes employés dans l’espace public. Parler de dette sans mentionner les actifs revient à décrire un passif sans bilan complet. À l’inverse, mettre en avant la richesse publique ne supprime pas la nécessité de maîtriser les déficits. Entre ces deux constats, l’enjeu est de disposer d’une information financière plus lisible, afin que les arbitrages budgétaires portent autant sur la soutenabilité de la dette que sur la gestion du patrimoine collectif.






