Ancien pilote Anthony Viaux, ancien commandant de bord d’Air France, souligne dans une tribune publiée par Le Monde que la récente décision de la Commission européenne de soumettre l’aviation d’affaires au marché du carbone met fin à une exonération perçue comme injustifiée, mais que l’alignement du prix du CO₂ sur celui des avions commerciaux ne suffit pas. Il appelle à ce que le principe du « pollueur‑payeur » soit pleinement appliqué afin de répondre aux spécificités des vols privés.
La mesure d’intégration au marché carbone européen signifie que les exploitants de jets privés devront désormais acheter des quotas ou compenser leurs émissions, comme les transporteurs réguliers. Pour Viaux, cette modification réglementaire corrige une anomalie historique entre catégories d’opérateurs, mais elle ne prend pas en compte la structure particulière des vols privés, notamment leur fréquence et leur taux d’occupation bien distincts de ceux des vols commerciaux.
Dans son texte, l’ex‑pilote insiste sur le fait que l’application d’un même tarif par tonne de CO₂ ne reflète pas la différence d’impact par voyage quand un appareil transporte très peu de passagers. Il souligne que, sans mécanismes complémentaires, la tarification uniforme risque de laisser inchangée la rentabilité environnementale des trajets privés et ne pas produire l’effet incitatif attendu pour réduire les émissions de ce segment.
La prise de position relance le débat politique sur la conception des outils mis en œuvre pour le secteur aérien: comment calibrer la tarification, quelles mesures complémentaires prévoir et quelles adaptations procédurales sont nécessaires au niveau européen et national. Le sujet touche à la fois des enjeux de justice climatique et d’efficacité des politiques publiques, et devrait occuper une place centrale dans les discussions à venir sur le climat et la régulation du transport aérien.






