La séquence d’Alger n’est pas une simple visite protocolaire : elle marque une tentative assumée de sortir la relation franco-algérienne de l’ornière dans laquelle elle s’est enlisée depuis l’été 2024. En se rendant en Algérie les 16 et 17 février 2026, le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez a voulu réactiver les canaux les plus sensibles — ceux de la sécurité, du renseignement et de l’immigration — là où, historiquement, Paris et Alger acceptent de se parler même quand tout le reste se crispe.
Le fait politique majeur de cette visite est la réception de Laurent Nuñez par le président algérien Abdelmadjid Tebboune au palais d’El-Mouradia. Cette rencontre, longtemps incertaine et finalement confirmée, vaut signal fort : Alger accepte de remettre du niveau politique au-dessus d’un dossier devenu explosif, et Paris cherche une sortie par le haut après une longue période de tension bilatérale.
Avant cet entretien présidentiel, Laurent Nuñez a tenu une réunion de travail avec son homologue algérien, le ministre de l’Intérieur Saïd Sayoud. Ce détail est essentiel : il montre que la priorité de la visite était opérationnelle. La lutte contre le terrorisme, les échanges d’informations, la coordination régionale et la gestion des dossiers migratoires sensibles étaient au cœur des discussions.
À l’issue des échanges, Laurent Nuñez a annoncé la relance d’une « coopération sécuritaire de très haut niveau » entre Paris et Alger. Dans le langage diplomatique, cette formule n’est jamais anodine. Elle signifie que les deux États acceptent de rétablir des mécanismes structurés de coopération, de réactiver des circuits techniques et de restaurer une confiance fonctionnelle sur des sujets régaliens.
Pourquoi ce dégel maintenant ? Parce que les contraintes stratégiques s’imposent aux deux capitales. Côté algérien, la stabilité régionale demeure une priorité absolue : instabilité persistante au Sahel, risques sécuritaires transfrontaliers, circulation de réseaux criminels. Côté français, la relation avec Alger est devenue un enjeu intérieur autant qu’extérieur : immigration, délivrance de laissez-passer consulaires, coopération policière, mais aussi climat politique interne.
La visite a également permis d’aborder des dossiers sensibles, notamment la question migratoire et certains cas individuels évoqués dans la presse. Cela montre que Paris ne recherchait pas seulement un geste symbolique, mais des avancées concrètes sur des points précis de friction.
Reste la question des annonces économiques. Des rumeurs ont circulé sur la possibilité de contrats d’un montant exceptionnel. Il convient toutefois de distinguer les faits établis des projections politiques. La visite de Laurent Nuñez était avant tout une visite régalienne, centrée sur la sécurité et l’immigration, et non un sommet économique. À ce stade, aucun élément public vérifiable ne confirme la signature imminente d’accords d’une ampleur exceptionnelle.
La véritable portée de cette séquence se situe ailleurs : dans la volonté d’éviter un cycle durable de confrontation. La méthode semble claire : repartir des dossiers sécuritaires, réinstaller des mécanismes techniques, apaiser le climat politique, puis, éventuellement, élargir le champ de coopération.
La relation franco-algérienne a souvent alterné phases de rapprochement et épisodes de crispation. Le déplacement de Laurent Nuñez à Alger et sa réception par Abdelmadjid Tebboune constituent un signal politique net : Paris et Alger choisissent de rouvrir le dialogue stratégique.
Le test décisif ne sera pas dans les déclarations, mais dans la durée. La solidité du dégel dépendra de la régularité des échanges, de la gestion maîtrisée des désaccords et de la capacité des deux États à institutionnaliser cette coopération retrouvée.
Pour l’heure, un message est clair : la diplomatie a repris le dessus sur la tension. Reste à savoir si ce rééquilibrage marquera un tournant durable ou une simple accalmie dans une relation structurellement complexe.







